Hidamari No Ki

Modérateurs : Aer, Equipe forum MATA-WEB Animanga : Discussions sur les animés et mangas

Retourner vers Animanga

Avatar de l’utilisateur
Zêta Amrith
Kwisatz Haderach
 
Messages: 8867
Inscription: Dim 08 Avr 2007, 23:14

Hidamari No Ki

Messagede Zêta Amrith le Mar 27 Fév 2018, 15:00

HIDAMARI NO KI (L’ARBRE AU SOLEIL) [2000]

Image

Réalisation : Gisaburou Sugii (Night On The Galactic Railroad)
Scénario : Hideo Takayashiki (Maison Ikkoku, Rideback), Sumino Kawashima (Aoi Bungaku)
Animation : Madhouse
D’après le manga de Osamu Tezuka [1981-1986]

1855, les dernières années du shogunat ont commencé. A Edo, nous suivons le parcours parallèle de deux jeunes hommes happés par le puissant typhon de l’ère Bakumatsu. Ryoan Tezuka, un étudiant en médecine fasciné par les méthodes scientifiques européennes, brave dangereusement le monopole du protocole chinois en soutenant l’ouverture d’un centre de vaccination anti-variolique. Ibuya Manjiro, un samourai naïf guidé par son sens de l’honneur, essaie de peaufiner sa maîtrise du sabre parmi les troupes militaires du daimyo local. Amoureux de la même femme, le premier incarne la lumière du monde extérieur, le second la tradition implantée d’un pays séculaire. Alors que le Japon est pressé contre son gré de commercer et de parlementer avec les occidentaux, les vies de Tezuka et Manjiro sont impactées par les plus importants bouleversements politiques de l’histoire de l’archipel.

J’ouvre un thread mort-né, pour ne pas cantonner cette pépite au topic Osamu Tezuka. Depuis quelques semaines les subbers de Orphan se sont lancés dans une traduction plus rigoureuse de la version animée, apposée à une qualité vidéo enfin digne de ce nom. La série Madhouse de 2000 (25 épisodes) sera postée sur le net sous la forme de quatre batchs, dont le second vient d’arriver il y a trois jours ; les louanges ci-jointes sont celles de quelqu’un qui attendait depuis quatorze ans de découvrir cette adaptation dans des conditions décentes. Spoilers (mais en fait pas du tout) : c’est grand, carrément précieux. D’une densité thématique et affective rare.
En partie (hagio-)biographique, puisque l’un des deux protagonistes n’est autre que l’arrière grand-père de Tezuka, Hidamari No Ki était déjà un manga ambitieux et impressionnant à moults égards. En fait l’un des plus aboutis de son auteur – dont le brio n’a d’égal que la tendance ludique à s’éparpiller – sur le strict plan de la rigueur narrative, et comme toujours avec l’Homme au Béret, un cas d’école de par sa capacité innée à décrire de la manière la plus claire, la plus évidente possible, un contexte socio-politique pourtant complexe. Hyper-documenté mais loyal vis-à-vis des devoirs dramatiques de la fiction, Hidamari No Ki croise les questions d’ensemble et les petites existences personnelles, semant des pavés d’émotion pure au milieu de ses enjeux idéologiques plus généraux. Sujet du jour sa retranscription animée, d’une fidélité à toute épreuve, lui fait honneur via un graphisme d’une élégance imparable, l’animation ad-hoc et le doublage trois étoiles de Kouichi Yamadera. Pour sûr, on décèle d’emblée la légère inclination pro-occidentale de Tezuka dans la manière dont il relate les évènements, et c’est ce qui permet au récit de conserver sa limpidité en dépit d’une galerie de personnages pléthorique ; à la différence de Ryousuke Takahashi, qui consacra également un très solide anime à la période Bakumatsu en 2006, Tezuka indique où vont ses préférences, quitte à contrarier le public auquel le jidaigeki s’adresse d’ordinaire. Assez pour que ses protecteurs de chez Tezuka Productions, lesquels font beaucoup depuis vingt ans pour atténuer les aspects "intellectuels" du Maître et cultiver le mythe d’un créateur de mascottes nonchalant, aient accompagné leur édition DVD d’une mise en garde sur la subjectivité, les goûts et les couleurs et tutti quanti. Il faut dire que contrairement aux réalisateurs aseptisés et niais, aux moephiles et aux renégats qu’il a engendrés, Tezuka concevait l’animation comme un art noble et le Japon en nation dont l’histoire devait participer de l’Histoire du monde. Forcément, tout chez lui était sérieux, y compris la franche déconnade et les caractères débonnaires qui font son autre signature.

A mi-parcours, il semblerait que la conversion sur celluloïd de Madhouse soit bien le joyau escompté. On en garnirait les pastilles à enfoncer dans le gosier des gusses qui prétendent que 'le manga et l’anime c’était pas mieux avant, c’est juste une vue ronchonne de l’esprit'. Porté par une technique sobre (et irréprochable), Hidamari No Ki n’était pas là pour tailler une bavette avec Love Hina mais pour viser le statut d’œuvre, celui-là que le secteur combat sans économiser sa médiocrité depuis des décennies. Un anime avec toutes les incursions humoristiques que l’on sait du corpus tezukien, mais fait du même bois que le cinéma des géants, Masaki Kobayashi et Kon Ichikawa en tête. Echec commercial en son temps à l’instar d’à peu près tous les anime frappés au coin du sceau Tezuka, cette adaptation est aussi l’un des derniers vestiges de la gloire artistique déchue de Tezuka Productions, à l’époque où la maison pouvait enchaîner coup sur coup les OVAs de Black Jack, le film de Jungle Emperor Leo, l’exceptionnelle Astro Boy 2003. Et ladite gemme, donc. Recommandée pour qui ne connaîtrait pas le manga d'origine, ou qui voudrait tout simplement tâter de l'antidote à la vacuité de l'industrie instaurée en système. Ou pour les néophytes du sensei qui souhaiteraient savoir par la même occasion ce qui sépare et séparera toujours Jimi Hendrix de Calogero par-delà les effets de mode.
Dernière édition par Zêta Amrith le Lun 10 Sep 2018, 18:41, édité 1 fois.
Image

Avatar de l’utilisateur
Fisico
Ryo versus Massue
 
Messages: 898
Inscription: Ven 30 Juil 2010, 16:22
Localisation: Tokyo

Re: Hidamari No Ki

Messagede Fisico le Jeu 10 Mai 2018, 16:25

Hidamari no Ki 1-19
Image

Je suis assez fan du procédé narratif qui consiste à raconter de petites histoires dans la grande histoire, cela permet de disposer d'emblée d'un canevas riche et de le respecter sans avoir à emprunter directement des figures historiques à des fins parfois douteuses (le cadavre de Nobunaga a du se retourner des milliards de fois dans sa tombe ces dernières années) tout en ayant une certaine marge de manœuvre avec la réalité avec un Tezuka qui fantasme ses ancêtres et un Manjirou 100% fictif.

Pas grand chose à ajouter, c'est solide, la voix sibylline du narrateur nous berce dans cette ambiance qui suit la fin du sakoku et augure le crépuscule du bakufu entre Ansei, Man'nen et Bunkyu et l'arrivée imminente de Meiji Ishin.

Cette phrase vous paraît obscure ? Elle l'est, l'animé s'adresse clairement à un public japonais ou initié un minimum, même si il n'est pas avare d'explications synthétiques, avoir quelques bases sur l'histoire japonaise (à vue de nez du niveau CP-CE1 là-bas très surement) rendra certainement le tout moins obscur.

Par curiosité je me demande quelle est la source d'Osamu Tezuka concernant la vie de Ryouan, si ce dernier a tenu un quelconque journal et dans quelle mesure sa retranscription dans le script est fidèle ou non.

Pendant de nombreux épisodes j'ai cru que les 3 femmes montrées dans l'opening était un seule et unique personne : Oseki, il faudra attendre longtemps avant de réaliser qu'il s'agit d'Okon Otsune et Oseki, les 3 ayant peu ou prou des visages identiques.

Avatar de l’utilisateur
Zêta Amrith
Kwisatz Haderach
 
Messages: 8867
Inscription: Dim 08 Avr 2007, 23:14

Re: Hidamari No Ki

Messagede Zêta Amrith le Jeu 10 Mai 2018, 19:39

Ouais le design unique pour les persos féminins c'est pas commode.

Fisico a écrit: Par curiosité je me demande quelle est la source d'Osamu Tezuka concernant la vie de Ryouan.

L'Université de Médecine d'Osaka a conservé pas mal de documentation concernant les pionniers de la médecine occidentale au Japon. Ca a dû être très idéalisé dans le manga mais c'est à partir de là que Tezuka a découvert qui furent les mentors et les professeurs de son ancêtre. De plus, Ryouan Tezuka ayant été le premier médecin militaire officiel de l'archipel, j'avais lu quelque part qu'il avait eu accès à des rapports de l'armée à son sujet mais je serais bien en peine de me souvenir où.

Ce qui est sûr c'est que la caractérisation du personnage est elle entièrement fantasmée.

Je suis pas certain qu'il faille avoir des connaissances élémentaires sur l'histoire du Japon pour apprécier ce manga/anime. Au pire tu passeras à côté du nom de telle organisation, ou tu oublieras tel élément déclencheur d'une purge politique - qui aurait eu lieu sans ça. Ca reste du Tezuka, le téléscopage de la densité et de la simplicité. J'avais trouvé Bakumatsu plus difficile à suivre.
Image

Avatar de l’utilisateur
Zêta Amrith
Kwisatz Haderach
 
Messages: 8867
Inscription: Dim 08 Avr 2007, 23:14

Re: Hidamari No Ki

Messagede Zêta Amrith le Lun 10 Sep 2018, 13:29

Les subbers d’Orphan ont conclu leur œuvre de salubrité en proposant les six derniers épisodes de L’Arbre Au Soleil. Ce fut beau, ce fut dense, comme du Tezuka, j'en passe et les meilleurs épithètes. Tout, de A à Z, y respira l'intelligence. A l'heure où le mot "anime" crée un abattement chez votre serviteur - et sans doute pas uniquement lui, vu le silence de mort du forum depuis des mois, un pincement au coeur surgit face à cette noblesse à jamais évanouie.
Image

Avatar de l’utilisateur
Aer
Modo : Fan de Bakunyû
 
Messages: 9520
Inscription: Mar 29 Juin 2010, 23:01
Localisation:

Re: Hidamari No Ki

Messagede Aer le Lun 10 Sep 2018, 14:39

J'me fais tellement chier que je re-regarde Trigun en ce moment. C'est pas Fate/14000 ou les daubes de LN qui vont me motiver.
Faudra que j'essaye cette série pour voir.
When you dont afraid any sunshine, come on baby !

行けよ饒舌の 影よ来て導け

Avatar de l’utilisateur
Deluxe
Pilote de Bebop
 
Messages: 239
Inscription: Jeu 21 Sep 2017, 08:49

Re: Hidamari No Ki

Messagede Deluxe le Lun 10 Sep 2018, 19:10

J'en ai regardé une quinzaine d'épisodes avant l'été, suivant les compliments postés sur ce topic.
C'est effectivement tout à fait remarquable comme série. La manière avec laquelle l'intrigue s'articule autour de ce sujet de l'arrivée de la médecine occidentale au Japon, le tout sur fond de bouleversements politiques et sociaux rend un ensemble unique en son genre et d'une grande valeur intellectuelle. En revanche il faut avoir le cœur bien accroché, on ne nous épargne rien ; mort, maladie, viols, assassinats... C'est pas l'anime qui se regarde avec son verre de Coca et ses pop-corn sauce caramel.
Le travail de Madhouse sur la réal est également excellent, les personnages de Tezuka ont une vraie gueule et le contraste entre ce design semi-cartoonesque et les horreurs de l'époque est saisissant.

Nul doute que je regarderai le reste dès que j'en aurai l'occasion et que j'en ferai également les louanges appropriées.

EDIT : Parmi les animes du moment, je vous recommande fortement la dernière série GeGeGe no Kitaro actuellement diffusée. C'est très surprenant et intéressant, vous ne le regretterez pas.

Avatar de l’utilisateur
Zêta Amrith
Kwisatz Haderach
 
Messages: 8867
Inscription: Dim 08 Avr 2007, 23:14

Re: Hidamari No Ki

Messagede Zêta Amrith le Lun 10 Sep 2018, 20:12

Sans aller jusqu'à me repasser Trigun, Planet With doit être l'unique anime en cours de diffusion que je n'ai pas encore largué en rase plaine, ce qui situe mon degré d'enthousiasme du moment.

HnK n'est pas une série facile et se rapproche davantage du cinéma nippon du début-milieu des années 60 que des conventions de l'animation récente, voire simplement industrielle. La curiosité et la sapience d'un Tezuka au gouvernail, on est à un palier incomparable en termes d'exigence intellectuelle, d'ambition pour le manga et l'animation, d'ancrage thématique, et je le pense, à quelques coudées du chef-d'oeuvre.

Le public japonais devrait être contrit d'avoir ignoré le morceau. C'est du manga animé élevé au rang de John Ford, Fritz Lang ou Masaki Kobayashi. J'exagère à peine.
Image

Avatar de l’utilisateur
Gemini
Rédac : Sailor Star
 
Messages: 10388
Inscription: Lun 23 Avr 2007, 17:49
Localisation: Ponyville

Re: Hidamari No Ki

Messagede Gemini le Sam 15 Sep 2018, 19:46

L'Arbre au Soleil 1-12 : Je regrette de ne pas avoir (encore ?) lu le manga. Il faut dire que l’œuvre du maître disponible en langue française est abondante (ou du moins le fût) quoique incomplète, et qu'il devient parfois délicat de séparer le bon grain de l'ivraie. Si l’œuvre d'origine vaut son adaptation, alors nous sommes définitivement du côté du bon grain.
Pour ce que j'ai pu voir sur différents sites, l'anime n'a pourtant pas bonne presse. Et pour cause : un rythme et un style très éloignés des standards actuelles, avec un amour de son sujet, une période complexe de l'époque japonaise - mais racontée de manière limpide à travers ses personnages - et un refus du spectaculaire. Oh, il se passe beaucoup de choses dans cette série, mais c'est souvent de l'ordre de l'intime. Sans parler d'un chara design largement passé de mode, et comme indiqué tantôt des personnages féminins qu'il s'avère parfois difficile à différencier (Okon étant sans doute la plus mémorable). Et puis il y a beaucoup de politique, ça a parfois du mal à passer. Pour ma part, que voulez-vous, je trouve ça passionnant.
Même si les deux personnages principaux sont trop incroyables, dans leur genre respectif, pour être vrais, il s'agit d'un anime qui fait plaisir à voir, qui sait traiter son sujet de manière sérieuse, avec une réalisation et une direction artistique à l'avenant, que d'aucuns pourront trouver austères. En tout cas, j'accroche.

Avatar de l’utilisateur
Fisico
Ryo versus Massue
 
Messages: 898
Inscription: Ven 30 Juil 2010, 16:22
Localisation: Tokyo

Re: Hidamari No Ki

Messagede Fisico le Jeu 20 Sep 2018, 23:11

Hidamari no Ki 20-25

Image

Jusqu'au bout de la série il ne faisait pas bon être femme dans Hidamari no Ki, à par Okon qui, ironiquement, semble être celle qui s'en sort le mieux dans le casting principal.
La finalité d'Aya, catapultée de nulle part quelques épisodes avant la fin, est assez peu subtile, comme beaucoup d'antagonistes expédiés à la va vite, mais tout s'inscrit dans le sens du récit et ça marche malgré tout avec un final fort et une dualité Ibuya/Tezuka qui aura tenu jusqu'au bout, envers et contre tout.
Je reste un peu partagé sur le traitement de la troupe confiée à Ibuya sur lesquelles sont jetées des idées en vrac ça et là (la faim d'ascension sociale chez eux, la dualité ordre militaire/paysan mal dégrossi, la peur du combat et de la mort une fois confrontée à ceux-ci, l'abus de pouvoir avec l'épisode la taverne à Osaka...), mais tout est balayé d'un revers de main et c'est dommage tant on aurait voulu que, parfois, la série aille plus loin, parfois, on aurait voulu savoir plus de choses.

Mais c'est reprocher à Hidamari no Ki d'être ce qu'il n'est pas : Ce n'est pas un chef d’œuvre historique, c'est un témoignage semi fictionnel d'une époque et de quelques personnages plus ou moins développés, ballotés au sein de l'Histoire avec un grand H et sur ce point il est tout bonnement irréprochable.



Retourner vers Animanga

Qui est en ligne

Utilisateurs parcourant ce forum: Aucun utilisateur enregistré et 4 invités