Shiboyugi : Survivre est mon métier

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GregN8
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Shiboyugi : Survivre est mon métier

Messagede GregN8 le Sam 10 Jan 2026, 07:03

Titre original :
Shibô yûgi de meshi wo kû
死亡遊戯で飯を食う。

Titre anglais :
Shiboyugi: Playing Death Games to Put Food on the Table

Image

Synopsis :
Yûki se réveille dans un manoir inconnu, vêtue d’un uniforme de femme de chambre et allongée sur un lit luxueux. Très vite, elle découvre cinq autres filles, toutes habillées comme elle. Cet endroit s’appelle la Ghost House, et la seule manière de survivre est de parvenir à traverser les pièges qui y attendent leurs victimes…Des jeux mortels faits de scies circulaires, de pièces verrouillées et d’armes en tout genre. La situation est désespérée et terrifiante… enfin, sauf pour Yûki. Après tout, à dix-sept ans, c’est son métier. Vous trouvez ça étrange ? Elle aussi. Mais c’est comme ça : il y a des gens qui sont faits ainsi : ils gagnent leur vie en participant aux jeux de la mort. (Source MAL)

Épisode 01 :

À première vue, l’affiche ne fait pas rêver : un synopsis d’escape game assez bidon, une adaptation de light novel remplie de filles moe, le Studio Deen aux commandes… Et pourtant, ce premier épisode dépasse toutes les espérances. La direction artistique est superbe, et je pèse mes mots. Trois choses en particulier m’ont frappé : le sound design, les décors et la mise en scène. Ce n’est pas le sakuga qu’il faut aller chercher ici, c’est tout le reste. Visuellement, cet épisode ressemble à une suite de concept arts transformés en tableaux animés. De toute évidence, les décors sont inspirés par l’impressionnisme français, en particulier certaines toiles de Degas comme L'Absinthe. Remarquez les couleurs et le traitement du cadrage qui sont similaires.

D’après une interview de Newtype, la base du décor est passée par de la construction 3D, ce qui permet un découpage cinématographique et une grande cohérence visuelle. La grammaire habituelle de l’anime change ici complètement : la caméra est en retrait, décentrée, lointaine. Les corps sont comme effacés, parfois découpés au montage. Cependant, malgré ces effets et le penchant arty assumé, il n’y a aucune esbrouffe : cet épisode est violent, hyper frontal. Esthétiquement, cela m’a fait penser à du Shaft période Bakemonogatari, mais sans les effets de manche et en plus beau.

Dans Shiboyugi, le coton remplace le sang, il n’y a pas d’effusion. Du même coup, l’horreur est bornée, surtout symbolique et esthétique, amoindrie par une exigence de retenue. Elle n’en devient, à mon avis, que plus glaçiale et percutante.

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La séquence qui aboutit à la mort d’Aoi est à couper le souffle. Je n’ai jamais rien vu de tel dans un épisode introductif. Ils ont esthétisé la tension de la plus belle et effrayante des manières.

Les corps des jeunes filles eux-mêmes, figés dans leur beauté cristalline, produisent un sentiment de malaise. En même temps, ils fascinent. On se noierait dans le regard quasi cosmique de ces poupées. Certains effets viennent nous rappeler, et tant mieux, que Shiboyugi est un anime avant d’être une œuvre d’art. Cependant, il interroge ces beautés qu’il nous présente, presque minérales ici, en les confrontant à l’horreur du monde froid et stérile qui les rend possibles. Le nôtre, sans doute.

Comme dans les meilleures œuvres japonaises, la réalisation transmet davantage que les mots. Des mots il y en a pourtant : il s’agit essentiellement du récit intérieur de Yûki, un personnage auquel on ne peut pas s’identifier. Elle est trop lointaine, trop logique, trop effrayante dans son mystère. Et humaine pourtant. Elle « fait de son mieux ». Elle commet ses crimes seulement parce que le jeu l’y oblige. Yûki transforme la logique en terreur. Cette dernière survient comme une nécessité à laquelle on doit faire face, sans gémir. C’est une esthétique déshumanisante du vide et du repli ; l’horreur devient paradoxalement viscérale lorsqu’elle cesse d’être organique.

Quelques précisions sur le scénario :

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Pour comprendre les enjeux de cet épisode, il faut se concentrer tout de suite sur Kinko, la petite blonde au destin tragique. Si Kinko a tenté de se suicider pour sauver les trois autres, c’était sans doute parce qu’elle se sentait coupable d’avoir récupéré la clé (ce qui a causé la mort d’Aoi). Sa fragilité est soulignée dans le flashback.
À la fin, Yûki a tué Kinko parce qu’elle était la plus faible : pragmatiquement, c’était la meilleure solution pour ouvrir la porte et échapper aux flammes. En toute logique, les deux autres ne se sont pas opposées à la mort de la petite blonde. C’était superbe de cruauté, car Kinko était évidemment celle qu’on souhaitait sauver.

Un grand coup de chapeau au réalisateur Ueno Sôta et à son équipe. Ueno fait partie, avec Saitô Keiichirô et quelques autres, d’une nouvelle génération à laquelle on peut passer le flambeau sans crainte.

La suite, je ne sais pas, peu importe. J’aime bien considérer cet épisode comme une œuvre à part, une sorte d’OVA singulier. Évidemment, on souhaite en apprendre plus sur Yûki et ses jeux morbides, mais c’est surtout la réalisation hors norme qui aura porté cet épisode introductif. Je n’imagine pas qu’ils puissent maintenir un tel niveau sur 11 épisodes. Et ce n’est pas grave, il n'y a déjà plus rien à prouver. La communauté, qui n’y connaît rien comme d’hab, a noté le premier épisode 7.90 sur MAL. Toutefois, le succès d’estime est déjà important sur Internet.

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Re: Shiboyugi : Survivre est mon métier

Messagede GregN8 le Ven 23 Jan 2026, 00:54

On a désormais un titre français officiel, que je reprends ici. Je suppose que c'est une référence au livre de Robert Merle.

D'ailleurs, des références (picturales, cinématographiques, littéraires...), il y en a tellement dans les trois épisodes diffusés qu'il y aurait déjà de quoi écrire un bon article sur cette série hors-norme. Les spéculations vont bon train sur le net. Rien qu'en japonais, sur X, il y a de quoi lire des heures entières. Les ventes des light novel ont explosé depuis le début de la diffusion. Le succès va être potentiellement important dans l'archipel. Niveau discussions francophones par contre il n'y a rien, c'est la zone absolue. Quel dommage. RIP le fandom français.

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Re: Shiboyugi : Survivre est mon métier

Messagede GregN8 le Mer 28 Jan 2026, 22:43

Au premier visionnage, l'épisode 4 m'a légèrement déçu.

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Tout cela pour aboutir à un simple vote, relativement prévisible, condamnant Chie. Son décès ne met personne sous tension, et d'ailleurs il n'est même pas montré. Même s'il est supposé horrible, on n'avait pas d'empathie pour cette fille qui était effectivement le maillon faible avec Keiko, tout le monde le savait. La scène du premier épisode avec Kinko était plus poignante à mon avis.

Cet arc a choisi de se concentrer sur la relation entre Yûki et Mishiro, ce qui n'est pas un mal, mais la psychologie de cette dernière n'est pas assez affutée pour me convaincre. Mishiro est simplement obnubilée par son envie d'être la meilleure, ne supporte pas la défaite. Certes, elle évolue et admet la supériorité de Yûki à la fin, mais tape quand même sa crise de nerfs dans la voiture... C'est pas mal mais sans plus.

Edit : Puisque j'ai revu ce quatrième épisode, j'ai noté d'autres éléments qui m'ont un peu gêné :

[Montrer] Spoiler
- Finalement, le compte à rebours n'a pas de réelle signification.
- Le symbolisme des animaux ne débouche sur rien, lui non plus.
- La musique Jpop à la fin. Après le Que Sera, Sera du premier épisode - sans doute une référence à Hitchcock -, c'est quand même moins la classe.
- Les agents qui portent des lunettes de soleil, même sous la pluie. Un trope indélicat.
- Lors du flashback de Mishiro, quand cette dernière parle à sa propre personne version enfant, le spectateur risque clairement de la confondre avec sa sœur. Le sous-titrage SM qui précise le nom des personnages m'a sauvé la mise.
- Légère interrogation sur la porte de ces mini-chambres à gaz. Elles ont bien été verrouillées, mais le mécanisme n'était pas clair. Une phrase du loup pour clarifier n'aurait pas été de trop.
- J'aurais préféré que Chie, au moment de mourir, hurle à la porte et les maudisse, comme dans le manga.

Mais ce sont des détails sans grande importance. Finalement, j'ai bien apprécié. C'est toujours aussi beau, malgré une animation parfois un peu rigide. Il faut souligner le travail exceptionnel de Konuma Noriyoshi à la direction sonore. Je n'ai jamais rien entendu de tel dans une série d'animation japonaise. Je pourrais en parler des heures, mais le plus important est de comprendre la synchronisation de haut niveau entre musique, effets sonores, dialogues et narration : tout se mélange pour former un flux unique avec une intention précise. Pour la maîtrise des silences et des espaces (ma), Konuma explique s'être inspiré, par exemple, du rakugo. Son travail s'harmonise à merveille avec celui d'Ueno et son art du non-dit ; les deux hommes ont déjà bossé ensemble et se connaissent bien.

Dernière chose : clairement, ceux qui regardent la traduction française perdent en nuance. De ce que j'ai lu, la traduction française de Shiboyugi sur Netflix et Crunchyroll s'est basée sur le texte anglais. Et je confirme qu'il y a des erreurs de sens. Si vous ne comprenez pas le japonais, restez sur l'anglais autant que possible.

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Re: Shiboyugi : Survivre est mon métier

Messagede GregN8 le Ven 20 Fév 2026, 06:43

Certains se plaignent sur Internet du fait que l'arc Golden Bath (ép. 5-7) :

1) Ne soit pas fidèle au light novel.
On ne peut pas adapter fidèlement le contenu du light novel en deux-trois épisodes. Il faut transformer, élaguer, trouver des compromis. Et aussi respecter la vision du réalisateur. Dans les espaces anglophones, on a certains ayatollahs du light novel qui viennent nous faire du multi-post pour se plaindre à ce niveau. Pourtant, je pense que l'adaptation est une grande réussite, malgré les contraintes du format télévisuel. Il est évident que, dans un monde idéal, on aurait eu à chaque fois un double/triple épisode comme le premier, car chaque jeu aurait mérité un film. Certes, j'aurais ajouté un épisode pour l'arc Golden Bath. Peut-être qu'Ueno aussi, s'il n'avait eu aucune contrainte.

2) Soit elliptique/difficilement compréhensible.
Toutes les scènes s'éclairent quand on prend le temps de se poser et d'y prêter attention. Ce que ne font pas la plupart des spectateurs. Ils consomment et passent à autre chose. C'est difficile à saisir vu son enrobage tendancieux, mais Shiboyugi est une série subtile. Certaines scènes m'ont un peu perdu au premier visionnage. Puis j'ai regardé les épisodes deux, voire trois fois. Je me suis renseigné, et j'ai compris plein de choses. Par exemple, pour l'épisode 7 :

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Au début, je n'avais pas bien saisi l'affrontement avec Riko. J'ai revu, observé et compris. Par exemple, les indices sonores quand les filles font tomber les plaques (y compris Mikan au tout début) nous indiquent bien qu'elles sont métalliques : c'est précisément ce qui a sauvé Yûki durant son affrontement contre Riko. Plus Yûki s'approchait de la sortie sans respecter les règles, plus la vitesse de l'alarme s'accentuait pour prévenir que les tourelles allaient s'activer. C'est très bien fait mais c'est du non-dit. Idem pour les multiples plans sur les bottes : on explique sans les mots. Et devant la porte de sortie, le mobilier renversé est un autre indice, celui des tentatives passées, infructueuses, pour s'échapper sans respecter les règles (c'est-à-dire sans porter les bottes). Yûki a monté sur ce mobilier non pas pour contourner les règles, mais pour exciter Riko dans un dernier geste désespéré, quasi suicidaire. Elle s'est arrêtée précisément à mi-chemin (au moment où les tourelles allaient s'activer) pour attirer la gamine tueuse. Et ça a marché. Mais c'était un pari complet et une stratégie "de merde" comme elle l'a indiqué juste après. Tout cet arc du bain se comprend mieux quand on saisit la thématique générale du chaos contrôlé : c'est à la fois l'état du jeu et l'état intérieur de Yûki.

Toutes les scènes sont logiques du point de vue narratif, malgré le côté arty/abstrait : ce sont des centaines de petits indices visuels et sonores, portés par une direction exceptionnelle, qui participent concrètement ou symboliquement à expliquer l'univers, à décrypter les jeux mortels et même la psychologie des personnages. Shiboyugi est un jeu de pistes à plusieurs niveaux. Certains n'y sont pas sensibles car il faut modifier sa manière de consommer pour en profiter : ralentir par exemple.

D'autres disent qu'on ne peut pas s'attacher aux personnages, mais c'est un choix narratif clair. Le centre de gravité est Yûki. Elle est compliquée, ambiguë, et porte tout le poids de la série sur ses épaules. Les autres joueuses, à l'exception de Mishiro, sont développées en quelques minutes : elles ne servent que de petites pièces pour nous présenter l'univers général, qui se dévoile au fil des épisodes. C'est perturbant car cela va à l'encontre de nos habitudes de consommation. Moi je m'en réjouis, car d'autres séries ont montré que diluer les enjeux en développant trop de personnages devient vite ingérable et affadit le récit. Ici la série est centrée sur Yûki et les jeux mortels. Qu'on y soit sensible ou non, c'est un choix "claustrophobique" qui aide à maintenir la tension narrative.

Enfin, concernant le reste, il n'y a hélas pas grand monde pour venir parler en détail de la réalisation : du sound design, des décors et leur dimension architecturale, de la symbolique des couleurs, du travail sur les voix, etc. Car cette série est aussi bien un objet artistique qu'un produit de divertissement. Les deux se confondent ici et c'est précisément ce qui me plaît. Un gars de Sakuga Blog, visiblement emballé, m'a indiqué qu'ils allaient sans doute préparer un article sur cette série. Je l'attends avec impatience.

PS : Oui, je continue de poster dans le désert car le français est ma langue, et que l'on ne discute nulle part ailleurs de cette formidable série sur les forums francophones (non je n'irai pas sur JV.com).



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