Daily Track / Le Morceau Du Jour

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Zêta Amrith
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Re: Daily Track / Le Morceau Du Jour

Messagede Zêta Amrith le Jeu 16 Sep 2021, 12:41

Rajoute quelques mots dans ton post sur l'excellent Jorge Ben Jor, qui ne respecte pas les règles du thread.
Et moi de remettre au passage une vidéo YT qui a disparu pour je ne sais pas quelle raison.

Du coup, je dois reposter aussi - même si certains avaient déjà aperçu ce qui suit.



On met le cap sur un titre australien, comme qui dirait suspendus aux lèvres de l’inattendu. Les pionniers de Sydney, Def Wish Cast, coincés au pays des kangourous comme Bernard et Bianca, ont sorti des titres de grand intérêt à leurs débuts. On n’en voudra à personne de ne pas les connaître, les débuts en question : le EP Mad As A Hatter a été tiré localement à 500 exemplaires, uniquement sur vinyle – avant d’être copié sur quelques mixtapes lugubres. Je l’ai pas, tu l’as pas, ils l’ont pas. Un chiffre 500 qui correspond aujourd’hui à sa valeur sur le marché de l’occasion. Spotify, Apple, le streaming 320kbps, no comprende. C’est dommage, car la forme du track éponyme est soeur jumelle du courant britcore - dont il faudrait reparler prochainement, autrement dit c’est un monstre avec ses kicks venus des abîmes, ses scratches aiguisés, ses samples apocalyptiques et un rap semi-toasté raggamuffin comme on en rencontrait régulièrement dans la production du Commonwealth de la fin 80s/début 90s. Les cervicales sont attaquées, l'école Jay-Z ou le dojo Maître Gims dévastés par la tempête. C’est ce à quoi ressemble une culture musicale avant de jouer à collin-maillard avec Jack Lang dans les soirées pyjama de Télérama.

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Zêta Amrith
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Re: Daily Track / Le Morceau Du Jour

Messagede Zêta Amrith le Mar 24 Fév 2026, 15:24

C'est la résurrection. Après un sommeil plus proche de trois ans que de trois jours.
Pourquoi maintenant ? Comment ? Va savoir. Les règles formulées en début de thread restent en vigueur.

Ecoute.



Qu'est-ce qu'ils ont de si spéciaux, ces Bad Brains natifs de Washington DC ? Eh bien déjà, à la différence de la plupart des acteurs du mouvement punk, ce sont de vrais musiciens, issus au départ de la scène jazz fusion. Ce sont aussi des noirs, rastafaris de surcroît, chose inhabituelle dans ce courant - il est d'ailleurs à noter que certains de leurs morceaux intercalés entre les guitares furibardes ne sont ni plus ni moins que des titres de reggae ou de dub. Malgré un parcours erratique et inégal, le groupe n'ayant eu de cesse de se séparer puis de se reformer tous les cinq jours, Bad Brains a eu une grosse influence sur plusieurs formations très connues : System of a Down, Deftones, Soundgarden, The Offspring et les Beastie Boys, pour en citer quelques-uns. Paru en 1982, leur premier album éponyme reste le plus pur, le plus spontané, le plus... enfin voilà.

GregN8
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Re: Daily Track / Le Morceau Du Jour

Messagede GregN8 le Mar 24 Fév 2026, 17:32

Ca marche.



Au hasard de ma playlist, un morceau « abstract hip hop » de HashFinger (2017).
Au-delà de l’émétique Top Spotify, la production musicale contemporaine récèle des trésors à découvrir, disséminés aux quatre vents pour ceux qui ont l’âme aventureuse.

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Zêta Amrith
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Re: Daily Track / Le Morceau Du Jour

Messagede Zêta Amrith le Mer 25 Fév 2026, 13:31

De nos jours, plus grand-monde ne veut admettre qu'il a écouté du rap, ou ne le fait sans réticences, tant les vingt dernières années ont vu cette musique plonger dans les poubelles de l'humanité, emportée par l'action conjuguée d'ignares accomplis, d'analphabètes racailleux, de productions trap, drill ou autres inepties mâchées par logiciel, d'hybridations pop foireuses. Une perte de sens sans fin, le comble pour un genre qui, de par sa mise en forme même, le sample, supposait au départ d'appréhender un tant soit peu l'histoire de la musique et avait su forger au fil du temps une épaisse subculture. La chasse au sampling sifflée par les majors au début des années 2000 ne fut pas étrangère à cet affaissement, et tua presque net l'art de l'échantillonnage au moment où celui-ci atteignait ses sommets.

Cette apothéose des machines Akai ou E-MU, le hip-hop américain l'a connue au cours de la seconde moitié des années 90. De nouveaux groupes prodigieux déboulent alors des quatre coins des Etats-Unis, tels que Jurassic 5, Dilated Peoples, Arsonists, Hieroglyphics, People Under The Stairs, All Natural... habités de connaissances musicales robustes et d'une envie de dénicher le sample rare, de créer le beat unique, d'introduire de nouveaux flows. La qualité était si haute que la presse se crut investie du devoir d'importer certaines catégorisations rock pour baliser le territoire ; ainsi a-t-on vu fleurir de manière un peu trop systématique les expressions "hip-hop indé", "hip-hop alternatif" et autres "hip-hop revival". Une pierre blanche de toute cette effervescence fut le trio new-yorkais Company Flow.

Composé de El-P, Bigg Jus et du DJ Mr. Len, le groupe a marqué le hip-hop d’une contribution indélébile au moyen d’un seul véritable album, entouré de quelques maxis et d’un LP instrumental. Et ses textes ont beau s'inspirer avant l'heure des films et comics situés dans des univers dystopiques, c'est la production qui importe ici le plus. "Nos fans nous disent qu'ils aiment parce que c'est mal mixé. C'est au contraire du mixage de pointe. Je suis ingénieur du son, si j'avais voulu que ça sonne lisse, ce serait le cas. Mais nous puisons volontairement dans les sources sonores les plus sales" déclara El-P dans un fanzine qui fit grande sensation entre mes mains - genre waaah, trop edgy, trop rebelle. En 1995, le son de Company Flow est vraiment unique, fait d'empilages d'ambiances oppressantes sur des basses à mi-chemin entre dark funk et robotique industrielle, bâti autour de rythmiques presque off-beat. Même les scratches sont placés légèrement hors tempo, privilégiant au swing leur timbre, voire leur texture. La cîme de cette histoire ? Funcrusher Plus en 1997, un album sans équivalent alors, publié par l'éphémère mais cultissime label Rawkus, et qui devint presque l'emblême du nouvel underground rapologique. Un moment rare qui redéfinissait ce qui pouvait être samplé, aussi l'impression que quelque chose d'énorme se préparait pour cette culture.



Company Flow se séparèrent très rapidement, à l'aube des années 2000, chacun de ses membres entamant alors une carrière en solo. La plus conséquente fut celle d'El-P, rapidement devenu patron de son propre label. Intitulé Def Jux, ce dernier poursuivit quelque temps l'orientation musicale de son ancien groupe, notamment au travers de Cannibal Ox. Mais on ne parvint jamais à égaler le choc originel.

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Yo-Dan
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Re: Daily Track / Le Morceau Du Jour

Messagede Yo-Dan le Jeu 26 Fév 2026, 22:52



Désolé de venir casser l'ambiance avec mes trucs de blancs-becs névrosés à guitares, mais je dois vous parler de Pinegrove. Ca pourrait ne guère rien évoquer de plus qu'un énième groupe étiqueté "Indie Rock US", mais vous êtes en train de lire le post d'un gars qui, en 2025, était le 2ème auditeur le plus assidu de ce groupe en France, selon son récap' Deezer. Autant dire que j'ai saigné leur discographie comme rarement et qu'il y a une raison. Le fait est qu'à force de voguer de vidéos en vidéos, j'ai été soufflé par leur capacité à mettre dans leurs perf' une âme, une énergie, un soin et une spontanéité qui, en théorie, ne sont même pas compatibles. J'ai souvent adulé des groupes plus ou moins à leur avantage en live (quand on a aimé The Offspring dans les années 90, c'est rien de le dire), mais Pinegrove est de cette très rare engeance d'artistes qui donnent leur pleine mesure quand ils jouent. Pas quand un producteur de renom a mis les correctifs et arrangements qui vont bien pour présenter des morceaux sous leur meilleur jour. D'ailleurs, nombre de leurs meilleurs morceaux brillent au gré d'enregistrement live, alors que les versions albums peuvent s'avérer étonnamment plates, comme si elles avaient été précipitamment enregistrées.
Le morceau que je choisis d'extraire ici est un bon exemple de leur capacité folle à s'écouter les uns les autres, faire fluctuer le tempo, contraster les dynamiques et ne jamais jouer la moindre note qui ne soit pas utile. Car la priorité, c'est la chanson, toujours. C'est bourré d'idées discrètes, en ce sens que servir le morceau, implique de ne pas en rajouter. Mais rien que la batterie, bon sang, regardez le cogner entre les futs (littéralement) vers 1min39 : ça donne l'impression étrange que c'était la meilleure chose à faire, à ce moment-là.
J'attends de pouvoir les voir live à mon tour, avec quelques craintes, puisque le groupe - peu connu en France - est de toute façon sur pause depuis maintenant quelques années. Mais quand ils auront décidé de s'y remettre, moi je suis prêt.

PS : Les conditions d'écoutes n'étant pas optimales en ce moment (je me balade à Londres pour une semaine de vacances), je n'ai pas encore écouté les derniers morceaux postés ci-dessus. Mais je me fais un devoir d'une écoute religieuse au casque, dès que possible.
Merci d'avoir ranimé ce topic. :09:

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