J'Ai Perdu Mon Corps

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Zêta Amrith
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J'Ai Perdu Mon Corps

Messagede Zêta Amrith le Ven 14 Juin 2019, 00:19

J’AI PERDU MON CORPS

Image

Réalisation : Jérémy Clapin
Scénario : Guillaume Laurant
Animation : Xilam

La main tranchée d'un jeune homme s'échappe d'une salle de dissection, bien décidée à retrouver son corps. Au cours de sa cavale semée d'embûches à travers la ville, elle se remémore sa vie commune avec lui, jusqu'à sa rencontre avec Gabrielle...

Sortie le 06 Novembre.
Cristal et Prix du Public Annecy 2019. Grand Prix de la Semaine de la Critique à Cannes.

Clapin n’a pas perdu la main. Les mains en l’air ! ceci est un hold-up de l’animation. Jeux de mains, jeux de vilains. Xilam pris la main dans le sac... Ok bref, laisse tomber.

Des gens de chez Xilam, on connaissait surtout la pléthorique production TV destinée aux écoliers – Oggy Et Les Cafards, Lucky Luke, Zig & Sharko etc... parmi les plus exportées au monde. Le changement de perspective est radical avec J’Ai Perdu Mon Corps, qui marque la première incursion du studio de Marc du Pontavice dans l’animation long-format pour adultes. Et quelle incursion. Parler de coup de maître ou de classique instantané ne serait pas malmener la réalité pour appâter le chaland mais juste coller de près au glorieux chemin de roses que va connaître cette histoire. Le film de Jérémy Clapin est une beigne qui devance de près de dix ans le reste d’une production hexagonale pourtant digne d'éloges. Netflix a flairé la bonne affaire et distribuera le métrage quasiment partout en dehors du pays concepteur.

Que dire sans tout ébruiter d’un film six years in the making qui réussit son pari haut la main (uh uh). On pourrait encenser son récit mené sur trois temps, son épaisseur psychologique, sa mélancolie cruelle. On pourrait louer en modèle d’écriture ses personnages qui contournent avec habileté les clichés tout en possédant de cette force archétypale qui tisse un lien empathique immédiat avec le spectateur. Mieux, on pourrait insister sur son storyboard fabuleux, ses layouts d’orfèvre, affirmer sans le prémice d’un doute qu’aucun long-métrage d’animation français n’avait jamais proposé ce degré d’inventivité dans les cadrages, ce niveau de maîtrise dans la composition, atteignant quelques fois des moments d’intensité inédits où l’osmose entre dessin, décors 3D et sound-design devient viscérale. On pourrait louer le savoir-faire derrière une animation rotoscopée souvent imperceptible, à même d’octroyer une âme à une main se mouvant dans la nuit, de faire vibrer le public pour elle lors de courses de survie paroxystiques pour retourner la séquence suivante vers le naturalisme minimal de la fiction sociale. On pourrait ajouter que c’est bien doublé, avec ce qu’il faut d’équilibre entre émotion et détachement pour restituer la fragilité des personnes et la brutalité du monde, que la musique est impeccable, que c’est ambitieux mais hyper-accessible, jamais pédant. On pourrait réunir tous ces indicateurs en un seul monticule de superlatifs pour asséner tel un gros connard péremptoire qu’il s’agira du film d’animation le plus convaincant de l’année car il ne peut raisonnablement pas en être autrement. Mais pourquoi le ferait-on, tout le monde le sait, de toutes manières. J’Ai Perdu Mon Corps sera l’un des phares de l’animation européenne à venir, et peut-être même le point de départ d’importants shifts thématiques. Immanquable.


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