Ethel Et Ernest

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Zêta Amrith
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Ethel Et Ernest

Messagede Zêta Amrith le Dim 25 Juin 2017, 00:37

ETHEL ET ERNEST

Image

Réalisation : Roger Mainwood
Scénario : Roger Mainwood et Raymond Briggs d’après la BD de Raymond Briggs.
Animation : Melusine (2D), Lupus (Pre/Post-Prod), Cloth Cat (CG)

La Grande Dépression, la Seconde Guerre Mondiale, la naissance de l’Etat-Providence puis l’arrivée des Beatles… jamais le monde n’aura connu tant de bouleversements sociaux, historiques, technologiques et culturels qu’entre 1928 et 1971. Seul élément inébranlable au sein d’un XXème siècle incandescent, l’amour que se portent Ethel et Ernest, un petit couple totalement ordinaire de prolétaires londoniens ; elle, ronchonne et conservatrice, lui, enthousiaste et progressiste, ils sont un peu comme l’unique point de stabilité de l’univers.

Ce n’est pas la première fois qu’une BD du dessinateur Raymond Briggs est adaptée en animation. On se souvient notamment du tragique When The Wind Blows de 1986, sonorisé par Roger Waters (!) et qui mettait déjà en scène un couple fusionnel, en proie à des ogives radioactives venues d’URSS. Mais Ethel Et Ernest n’est pas n’importe quelle BD pour son auteur, elle est une "biographie idéalisée" que Briggs a réalisé de la vie de ses propres parents à partir de ses souvenirs et des informations fragmentaires dont il disposait. Il tenait donc particulièrement à cette version filmique, qui n’est pas réellement une fiction mais plutôt une épitaphe romancée. On imagine aisément sa satisfaction à la vue du résultat final, abouti tant sur le fond que sur la forme, reléguant le classique When The Wind Blows au statut de répétition d’avant-concert. Cet Ethel Et Ernest rejoint en effet le club des tout meilleurs films d’animation réalisés au Royaume-Uni, de ceux qui font de l’ombre à la glorieuse spécialité locale du stop-motion.

Car le long-métrage se distingue d’emblée de ses pairs de par son animation dessinée, propriété devenue très rare dans un pays où les studios Aardman monopolisent l’attention depuis des décennies. Conscient de sa chance, et appuyé sur un solide budget de 10 millions d’euros (le soutien de la BBC y a aidé), le réalisateur n’a pas choisi ses animateurs au pif dans l’annuaire, mais dans les prestigieux crédits du film L’Illusionniste. TVPaint au software, des tablettes Cintiqs au hardware, 40 lead animators plus pléthore d’intervallistes au Luxembourg et une solution logicielle de compositing conçue sur mesure, le film est une copieuse production ; comme la revanche tardive de l’animation de crayon anglaise, maintenant que le secteur bénéficie enfin, comme d’autres nations européennes avant elle, d’aides gouvernementales bien utiles dès lors que le temps de conception s’étire. "Il n’y a pas d’échappatoire de calendrier dans de l’animation faite à la main. La technologie ne peut pas arrondir les angles pour nous. Ca prend du temps, il n’y a pas le choix. Il y a donc intérêt à aimer ce que l’on fait" commente Roger Mainwood. Pour soulager le labeur à l’ancienne et enrichir la colométrie, l’équipe a néanmoins employé des CGs sur les machines et certains effets climatiques, lesquels ont généralement le bon goût de rester à leur place. L’esthétique du métrage est ainsi parfaitement cohérente avec le sentiment de nostalgie véhiculé par le récit, sachant osciller entre gravité et bucolisme selon les situations.

Quoique de récit il ne soit pas vraiment question. Ethel Et Ernest relève davantage de la lente et statique tranche de vie, mais dans un contexte de cinétique effrénée du monde environnant : du blitz hitlérien de Septembre 1940 à l’apparition des premières télévisions, de la crise financière des années 30 à l’arrivée des travaillistes au gouvernement, c’est une peinture du milieu du vingtième siècle (britannique) qu’offre l’œuvre dans les marges. Et le couple éponyme, ordinaire au point que le film s’en excuse dès le début, imperturbable dans sa volonté de vivre le plus normalement possible un chamboulement planétaire dont il ne saisit que l’écume, de servir de lien. Le spectateur suit les personnages, de leur rencontre jusqu’à leur mort, en passant par la naissance de leur narrateur de fils. Il s’y attache, jusqu’à l’inexorable séparation qui le renvoie à l’éphémère de sa propre existence.

Fréquemment juste, sociologiquement pertinent, drôle et parfois triste à en serrer les mâchoires, Ethel Et Ernest est une réussite qui compte d’ores et déjà dans l’histoire de l’animation anglaise.


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