Jean-François Laguionie : Contes Inter-Générationnels

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Zêta Amrith
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Jean-François Laguionie : Contes Inter-Générationnels

Messagede Zêta Amrith le Sam 03 Jan 2015, 21:38

JEAN-FRANCOIS LAGUIONIE

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Réalisateur d’animation né le 04 Octobre 1939 à Besançon.
Ancien ami et "protégé" de Paul Grimault, Jean-François Laguionie dit Jeff est l’un des plus grands noms vivants du cinéma d’animation français.

Initialement attiré par les planches de théâtre et la décoration de scène tout comme nombre de ses contemporains, Jean-François Laguionie rencontre Paul Grimault par l’intermédiaire d’un ami commun. L’affable créateur du Roi Et L’Oiseau, classique d’entre les classiques, va rapidement l’orienter vers le milieu confidentiel de l’animation en produisant ses trois premiers court-métrages. Le premier d’entre eux, La Demoiselle Et Le Violoncelliste en papier découpé, est l’une des découvertes remarquées de l’édition de 1965 du Festival d’Animation d’Annecy. Il décroche d’emblée la consécration suprême du Grand Cristal, à une époque où l’octroi des récompenses était moins controversé et le raffinement de la forme davantage pris en considération dans le jugement. Sept autres exercices suivront au rythme plus ou moins régulier d’une pièce tous les deux ans.

"En fait j’étais trop timide pour tourner des films en prises de vue réelles. [...] Il faut une autorité incontestable pour diriger une équipe sur un plateau. Je ne l’ai pas, donc c’est naturellement que j’ai réalisé des films d’animation."

Peu après avoir signé son dernier court-métrage en solitaire (La Traversée De L’Atlantique A La Rame, Palme D’Or à Cannes et César 1979), Laguionie fonde la structure de production La Fabrique dans un atelier de bobinage de fil de soie à l’abandon. Outre qu’elle lui permettra de toucher de nouveaux publics en passant au format grand-écran, elle voit ses locaux arpentés par certains noms connus (Michel Ocelot) et offrira de nombreux services à l’industrie du divertissement française dans la décennie 2000, en (co-)animant des films de grande qualité formelle tels que Kerity, L’Apprenti Père Noël ou Tous A L’Ouest. Elle fournit aussi pas mal d’animation TV durant la première moitié des années 90, retardant d’autant plus l’avance des plans personnels de son paternel.

Héritier d’un temps où l’animation était encore une entreprise artisanale avec sa part d’imprévus tantôt périlleux tantôt salvateurs, Laguionie a sa méthode bien à lui pour concevoir un film. Il ne fait pas de storyboard à proprement parler – "je déteste cloitrer des croquis dans des cases" – mais dessine chaque situation significative du script en pleine page, avant d’y ajouter bande-son et indications de réalisation. Ce n’est qu’une fois son livre d’images terminé et filmé pour créer une animatique rudimentaire qu’il va à la rencontre des producteurs tenter de trouver le financement de son métrage en devenir ; un système chronophage, mais ce faisant, il obtient validation du package avant la mise en chantier de l’animation et ne craint plus l’intervention ultérieure des investisseurs dans le processus créatif. Le vrai storyboard méticuleux arrive plus tard, conçu par un tierce contributeur.

"Il y a de grands artistes d’animation qui n’ont pas besoin d’histoires, qui font des films abstraits. Je les envie, je n’arrive pas à m’accorder cette liberté."

Evoquant quelquefois les premiers essais d’un René Laloux, Gwen Et Le Livre De Sable en 1985 est le premier long-métrage de Laguionie. Un échec commercial, que les producteurs béotiens de Gaumont ne défendront pas très bien. Conçu à la gouache chez La Fabrique, par une équipe restreinte d'à peine six personnes, il demeure en effet compliqué à catégoriser ; sorte de SF métaphysique dans laquelle les survivants d’un cataclysme vénèrent un catalogue d’objets Darty, le film est aussi fascinant que parfois difficile à appréhender. On devine une évidente influence herbertienne et une franche critique du consumérisme moderne derrière l’articulation des images, mais le peu d’indications données au spectateur brouille (positivement) le message, de sorte que l’opus reste toujours nimbé de mystère la bagatelle de trente années plus tard.

"Ce que je n’avais pas encore compris du temps de Gwen, c’est qu’à partir du moment où l’on passe au long-format, il faut accepter l’idée qu’on est dans la création collective. C’est plus le même monde."

En 1999, Laguionie récidive avec son célèbre Château Des Singes, film infiniment plus simple d’accès et compatible avec une audience infantile. Ses chansons désarçonnent néanmoins une partie du public ; si beaucoup accusent le réalisateur de vouloir mimer les studios Disney sans pouvoir rivaliser avec eux, celui-ci argue plutôt de sa passion pour les comédies musicales anglo-saxonnes pour justifier la présence de ritournelles enjouées dans son récit. Fort de bons chiffres dans l’hexagone, Le Château Des Singes s’exporte par la suite à travers le monde.

"J’ai été maladroit. La dramaturgie n’a pas été suffisamment pensée pour introduire ces chansons. J’ai peut-être commis une erreur, mais c’est un film fait avant tout pour les enfants, et il a eu une carrière formidable auprès d’eux. Beaucoup ont critiqué ce film en oubliant leur esprit d’enfant."

Succès moindre, son troisième grand-format L’Île De Black Môr, inspiré des écrits de Robert Louis Stevenson et d’une histoire de sa propre création, poursuit en 2004 la volonté du réalisateur de fournir une animation exotique pour enfants qui ne soit pas dépourvue de sous-texte social et de substance psychologique. Majoritairement animé en Corée, sa génèse fut difficile, aucune chaîne de télévision n’ayant souhaité contribuer à son financement. Cette fois comme un retour aux sources, c’est sa révérence vis-à-vis de l’océan et son attachement à la Bretagne que Laguionie met en scène dans ce conte à pirates rappelant la valeur autotélique de toute aventure maritime. En bref, ce n’est pas le coffre au trésor qui compte.

2011 ouvre le réalisateur à l’animation numérique via son film le plus équilibré dans sa capacité à susciter un attrait inter-générationnel, Le Tableau, un hommage graphique à Chagall, Matisse, Modigliani... et Grimault. Un peintre s’en va en omettant de terminer sa toile : certains personnages achevés, les Toupins, en profitent pour discriminer ceux qu’il a laissés en friche, les Pafinis. Ces derniers s’en vont chercher leur créateur pour comprendre pourquoi ce dernier a jugé inutile de terminer son oeuvre.
Joli conte aux couleurs crépusculaires, fable égalitaire, mais surtout illustration du pouvoir quasi-démiurgique de l’artiste, Le Tableau propose un degré de lecture différent selon les âges. Pourtant, Laguionie ne souhaite pas voir son film enfermé dans sa dimension politique : "Je suis une sorte de vieil anarchiste mais ce n’est pas un film militant [...] La grille de lecture marxiste est un niveau de lecture que je respecte tout à fait mais je suis surtout très attaché à l’histoire d’amour. [...] Le plus beau compliment qu’on m’ait fait sur le film, c’est « Votre long-métrage est une ôde au court-métrage ». [...] C’est dans ce format que les films d’animation sont les plus beaux." Bien qu’essentiellement ficelé par le biais informatique, sa direction artistique au parfum de début de siècle et son propos sur la tolérance, bien que légèrement convenu, confèrent au film un indubitable charme suranné, presque caractéristique de ce qu’est intrinsèquement cette animation française sur laquelle on aime à disserter.

"La 3D, je n’y connais rien. Je fais le chef d’orchestre et c’est presque un avantage de ne pas être très compétent sur le plan technique [...] car cela vous amène à demander des choses que le technicien considère comme infaisables. Jusqu’à ce que par amitié (et goût du défi) il les rendent faisables."

Après de multiples reports au fil des ans, le prochain long-format de Laguionie, Louise En Hiver, devrait enfin paraître courant 2016.


FILMOGRAPHIE

Court-Métrages
La Demoiselle Et Le Violoncelliste (1965)
L’Arche De Noé (1966)
Une Bombe Par Hasard (1969)
Plage Privée (1971)
Potr’ Et La Fille Des Eaux (1974)
L’Acteur (1975)
Le Masque Du Diable (1976)
La Traversée De L’Atlantique A La Rame (1978)

Long-Métrages
Gwen Et Le Livre De Sable (1985)
Le Château Des Singes (1999)
L’Île De Black Môr (2004)
Le Tableau (2011)
Louise En Hiver (2016)
Le Voyage Du Prince (2019)
Dernière édition par Zêta Amrith le Sam 25 Mar 2017, 03:35, édité 3 fois.

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Re: Jean-François Laguionie : Contes Inter-Générationnels

Messagede Gemini le Sam 03 Jan 2015, 23:53

Il ne me reste plus qu'à me pencher sur la filmographie du Monsieur.

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Re: Jean-François Laguionie : Contes Inter-Générationnels

Messagede Zêta Amrith le Sam 25 Mar 2017, 03:33

Le prochain long-métrage de Laguionie s'appellera "Le Voyage Du Prince".

Tom, un jeune chimpanzé, recueille un vieux singe qui s'est perdu durant ses pérégrinations. Ses parents, savants éclairés, souhaitent alors s'appuyer sur le témoignage du visiteur pour démontrer à une Académie sûre d'elle l'existence de différentes civilisations simiesques au-delà de la cité industrielle.

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Le film n'a pas de lien avec le précédent Château Des Singes, du même réalisateur.
Budget de 4.2 millions d'euros, technique 3D aplatie et sortie estimée entre fin 2018 et début 2019.

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Re: Jean-François Laguionie : Contes Inter-Générationnels

Messagede Zêta Amrith le Lun 17 Juin 2019, 12:18

Le Voyage Du Prince
Emmener un gosse voir du Jean-François Laguionie, c’est un peu comme de lui offrir un jouet de bois taillé main dans un atelier isérois. La demi-portion ne peut raisonnablement pas comprendre où se situe l’intérêt de la démarche, mais les géniteurs ont le sentiment de faire acte de résistance en abreuvant la marmaille en savoir-faire et en esthétique patrimoniale. Dans cette vraie-fausse suite du Château Des Singes d’inclination nettement plus politique, le vétéran s’attaque tour à tour au cénacle scientiste, au productivisme, au contrôle social, à l’ethnocentrisme, ce qui fait un peu beaucoup dans le cadre d’un seul et même récit. Le procédé culmine sur la mise en parallèle de deux modèles de société et se révèle trop touffu pour son propre bien. Depuis grosso modo Le Tableau – lequel inaugurait la 3D aplatie sur décors peints qui définit à présent le cadre formel du réalisateur, Laguionie essaie de concilier préoccupations philosophiques et produit familial, avec plus ou moins de succès. A dire vrai, il me paraît compliqué pour un enfant de 2019 d’entrer dans Le Voyage Du Prince, de s’acclimater à son rythme à peine moins tranquille que celui de Louise En Hiver ou de relever ses dialogues que la visée morale dispute au lustre du vocabulaire ; le conte écologique à l’égard du jeune public est fort louable, mais peut-être est-ce un tantinet optimiste. Ou plutôt, anachronique, car de nouveau c’est son charme suranné, écho d’une animation française des années 70 presque civique, encore étrangère au cynisme, qui distingue le film. Le long-métrage ne manque pas en son for de noblesse mais pagaie trop souvent derrière ses intentions pédagogiques. Préférer le fantassin de bois inerte au GI Joe articulé made in China requiert un certain état d’esprit. Il en va de même pour trouver son compte dans le story-telling du Voyage Du Prince, relique chaleureuse, tantôt lumineuse tantôt maladroite, d’un temps qui a pris la poudre d’escampette.



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