Bunuel Après L'Age D'Or

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Zêta Amrith
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Bunuel Après L'Age D'Or

Messagede Zêta Amrith le Lun 17 Juin 2019, 12:15

BUNUEL APRES L’AGE D’OR

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Réalisation : Salvador Simo
Scénario : Fermin Solis

Mention du Jury Annecy 2019.

1930. Après le scandale de la projection parisienne de "L’Âge D’Or", Luis Bunuel voit la critique et ses habituels mécènes lui tourner le dos. Lâché par tous et déprimé, le maître du surréalisme voudrait se relancer en réalisant son premier documentaire. La providence offre à son ami un ticket de loterie gagnant pour le financer, mais Bunuel va devoir lutter contre lui-même pour atteindre son but.

Réalisé par un spécialiste des effets spéciaux ayant aussi travaillé pour la défunte branche française de Disney, voici donc une sorte de making-of animé de Terre Sans Pain, le court-métrage documentaire (longtemps censuré par le régime franquiste) que Bunuel consacra à la région miséreuse et archaïque des Hurdes. Présenté de la sorte le synopsis pourrait paraître austère, mais Bunuel Après L’Age D’Or est une grande réussite, naviguant entre objet didactique et tableau psychologique à l’humanité continuellement palpable. Même celui que la filmographie du réalisateur indiffère devrait aisément se prendre d’intérêt pour l’artiste, sa rivalité obsessionnelle avec Dali, sa relation compliquée au père, son incessant va-et-vient entre narcissisme et altruisme... puis son incongrue phobie d’un certain animal. Bien qu’il prenne place dans ce que nous appellerions aujourd’hui de sordides favelas et qu’une page noire de l’Espagne semble se profiler à l’horizon, le récit conserve toujours son sens de l’humour et un rythme étudié qui le maintiennent attractif et vivant. D’autant que le noeud de l’histoire se révèlera finalement être l’amitié entre le surréaliste et son producteur de fortune Ramon Acin, mise en péril par les caprices permanents du premier. Il en ressort un long-métrage à la fois très dense et très simple, ce qui est généralement la marque des bons films.

Formellement et quoiqu’assez banale, la patte graphique tient la route. C’est sobre donc régulièrement élégant. L’animation, essentiellement sous-traitée en Hollande chez Submarine, est fonctionnelle sans renverser les têtes. On se souvient que La Passion Van Gogh, autre biographie captivante, avait quelque peu souffert d’une alternance des techniques (peinture à l'huile et rotoscopie) qui l’avait diminuée en tant qu’oeuvre. Ici, à l’exception de quelques rares incrustations parfaitement justifiées de véritables images tirées de Terre Sans Pain, l’homogéneité esthétique est de rigueur et engendre un sentiment d’achèvement que peu de docu-fictions animés peuvent revendiquer. Instructif, divertissant et cohérent sur le plan visuel, Bunuel Après L’Age D’Or a honorablement rempli sa mission.

La meilleure chose qu’Eurozoom distribue cet été est ibérique.
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ゆけゆけ ワンダースリー


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