GregN8 a écrit:Le reste du paragraphe se tient, mais je bute sur cette assertion, qui me paraît trop générale. En soi, le monde numérique ne dévalorise pas la démarche qui mène à un résultat. Beaucoup de morceaux électro, par exemple, sont composés pour le plaisir d’être composés. C’est exaltant de manier des potards dans Ableton Live, même si ce n’est pas vraiment une expérience physique. Tu fais sans doute référence à la course au clic, aux logiques de visibilité imposées par certaines plateformes.
J’extrapole surtout à partir de ce que permet aujourd’hui l’IA générative, qui n’est grosso merdo qu’un résultat sans rien avant. Sinon quelques prompts, c’est-à-dire rien. C’est le point culminant de ce qui a consisté à démocratiser la création via des techno’ numériques toujours plus souples et permissives. Ce n’est pas une mauvaise chose en soi et j’en ai profité, comme tout le monde. C’est ce qui a banalisé des outils permettant d’enregistrer et d’éditer plus facilement son travail et ma foi, c'est très bien. Suno est une sorte de point final absurde (avec toutes les limites techniques que ça comporte encore, malgré tout), mais même sans aller aussi loin : j’ai entendu quelques musiciens/influenceurs amèrement regretter la fuite en avant dans laquelle ils s’étaient eux-mêmes enfermés. Parce qu’à force de voir sur Instagram des guitaristes, batteurs ou multi-instrumentistes proposer des clips effarants de perfection, plus personne n’ose poster des choses plus fragiles et authentiques et la moindre micro-erreur fait l’objet d’une édition. Au point qu’il a même fallu débunker des gens incapables de jouer à vitesse réelle les séquences qui leur ont valu des millions de vues. De fait, les standards de performance étalés dans les trends Instagram relèvent pour partie de l’hallucination collective : il y a des usurpateurs qui ont pris pour tout le monde (je pense à
Giacomo Turra dont l’escroquerie a même fait parler dans la presse généraliste), mais il y a surtout une tendance générale à se survendre en éliminant la simple possibilité d’une imperfection.
Après, je comprends tout à fait qu’on kiffe jouer avec ses potards dans Ableton. Et je vais même te dire : étant particulièrement nul dans ce domaine, j’ai un sincère respect (voire, une forme probable de jalousie

) pour les gens qui maîtrisent ces logiciels. Mais je crois aussi qu’il y en a plein d’autres qui en ont marre de faire semblant :
https://youtu.be/faoAL1WcbP8?si=7_o87fBx1sghoVes&t=453 (J’ai calé la vidéo au moment où le propos m’intéressait : le gars explique pourquoi tout le monde "triche" et pourquoi c'set un piège).
On avait mentionné ici que l’érosion du format physique est un mouvement de fond qui s’est activé il y a déjà plusieurs décennies. Il me paraît évident qu’à terme le format physique deviendra équivalent au marché du CD ou du vinyle pour la musique : un produit toujours vivace, avec ses résurgences, mais pour des communautés de passionnés, pas pour le grand public.
Je ne sais pas si c’est à ce point évident. Sony a quand même formidablement passé sous silence le fait que, quand il s’agit de gros jeux où le choix physique/démat’ existe pour de vrai, le rapport est souvent beaucoup plus contrasté :

Et forcément, mettre en avant des stat’ qui incluent sans le dire le PC et/ou des jeux qui sont soit épuisés dans leur version physique, soit tout bonnement indisponibles sous cette forme, c’est quand même faire peu de cas de la vérité.