de Yo-Dan le Jeu 27 Aoû 2026, 16:35
Vrai que ça mérite rectification : les émotions ne sont que très marginalement liées à un unboxing, elles se construisent sur la durée parce qu'on attache davantage de souvenirs autour d'objets physiques et incarnés. Typiquement, alors que j'étais jeune collégien, mon livret Secret of Mana me permettait de me projeter dans des moments du jeu que je ne pouvais encore que fantasmer (faute d'avoir progressé assez), parce que je n'avais pas de let's play sur YouTube pour m'auto-divulgâcher l'expérience. De fait, je l'ai lu des dizaines et des dizaines de fois. Et toutes proportions gardées, ça valait aussi pour n'importe quel booklet qui accompagnait les jeux, jadis.
Par ailleurs, qu'il s'agisse de JV ou d'autres produits culturels glanés chez des libraires ou des disquaires, le simple fait de se rendre dans des commerces où des gens se rencontrent, discutent, échangent, c'est évidemment incomparablement plus riche que de conclure une transaction sur l'Eshop, socialement et culturellement parlant. Même le grand timide que j'étais se souvient du jour où il a enfourché son vélo pour aller en ville acheter son CD de "Neon Ballroom", de qui j'ai croisé sur le route et de la discussion que j'ai eue avec le vendeur. Je me souviens aussi du jour où j'ai reçu la Nintendo 64 à domicile, mais parce que je l'ai eue plusieurs mois avant sa sortie française.
Au risque de dévier, je discutais récemment avec un ami musicien de ce que l'IA était en train de bousculer dans notre petit monde : en dehors du fait que Suno peut te générer un morceau tout à fait fonctionnel en trois clics, sans autre mérite que d'avoir su rédiger un prompt viable, l'IA permet à de plus en plus de gens de tout faire "tout seul" depuis leur chambre. On "génère" ce qu'on ne sait pas faire et si jamais on tient quand même à se former sur des logiciels de mix et d'édition, et bien Chat GPT peut s'avérer être un excellent assistant. J'ai tout entendu là-dessus : "C'est le progrès, faut bien qu'on avance et ça va enfin démocratiser la création". A certains égards, oui. Mais ce dont je suis sûr aussi, c'est que ça isole. Plus besoin de recruter d'autres musiciens et d'aller répéter dans la cave chez mamie, en trimballant un matos plus ou moins rouillé. On peut faire son album "tout seul", en faire la promo' sur ses réseaux et aller voir comment tel influenceur te conseille de le mettre en avant pour qu'il fasse des vues. Quel autre objectif se fixer en effet quand on s'est privé de répètes avec ses potes ou de concerts improvisés sur la terrasse d'un bar ? Voire même, demain, de "vraies" séances d'enregistrement en studio ? L'hégémonie numérique consacre le résultat comme étant tout ce qui compte, en tant que produit fini, comme si la démarche en amont n'avait aucune valeur. Or, c'est de tout ce qui précède qu'on tire - et garde - les souvenirs les plus puissants.
Dans le domaine du JV, le chemin c'est de tout faire en ligne : on achète en ligne, on joue en ligne et si jamais on essaie de rendre l'expérience un brin plus conviviale, c'est en nous agitant le GameChat. Là encore, on isole le joueur dans un écosystème fermé. Sony ne fait que porter le coup de grâce, en nous expliquant que c'est ce que nous avons voulu puisque, vous voyez bien, "les ventes physiques ne pèsent plus grand chose dans notre CA". La bonne surprise de la volée de bois vert qui a suivi, c'est qu'on est visiblement encore en présence de suffisamment de joueurs capables de dire que c'est l'offre, avec ses manques volontaires, qui a progressivement modelé la demande. Et pas l'inverse.