Shibou Yuugi de Meshi wo Kuu
死亡遊戯で飯を食う。

Synopsis :
Yuki se réveille dans un manoir inconnu, vêtue d’un uniforme de femme de chambre et allongée sur un lit luxueux. Très vite, elle découvre cinq autres filles, toutes habillées comme elle. Cet endroit s’appelle la Ghost House, et la seule manière de survivre est de parvenir à traverser les pièges qui y attendent leurs victimes…Des jeux mortels faits de scies circulaires, de pièces verrouillées et d’armes en tout genre. La situation est désespérée et terrifiante… enfin, sauf pour Yuki. Après tout, à dix-sept ans, c’est son métier. Vous trouvez ça étrange ? Elle aussi. Mais c’est comme ça : il y a des gens qui sont faits ainsi : ils gagnent leur vie en participant aux jeux de la mort. (Source MAL)
Épisode 01 :
À première vue, l’affiche ne fait pas rêver : un synopsis d’escape game assez bidon, une adaptation de light novel remplie de filles moe, le Studio Deen aux commandes… Et pourtant, ce premier épisode dépasse toutes les espérances. La direction artistique est superbe, et je pèse mes mots. Trois choses en particulier m’ont frappé : le sound design, les décors et la mise en scène. Ce n’est pas le sakuga qu’il faut aller chercher ici, c’est tout le reste. Visuellement, cet épisode ressemble à une suite de concept arts transformés en tableaux animés. De toute évidence, les décors sont inspirés par l’impressionnisme français, en particulier certaines toiles de Degas comme L'Absinthe. Remarquez les couleurs et le traitement du cadrage qui sont similaires.
D’après une interview de Newtype, la base du décor est passée par de la construction 3D, ce qui permet un découpage cinématographique et une grande cohérence visuelle. La grammaire habituelle de l’anime change ici complètement : la caméra est en retrait, décentrée, lointaine. Les corps sont comme effacés, parfois découpés au montage. Cependant, malgré ces effets et le penchant arty assumé, il n’y a aucune esbrouffe : cet épisode est violent, hyper frontal. Esthétiquement, cela m’a fait penser à du Shaft période Bakemonogatari, mais sans les effets de manche et en plus beau. Dans Shiboyugi, le coton remplace le sang, il n’y a pas d’effusion. Du même coup, l’horreur est limitée, surtout symbolique et esthétique. Elle n’en devient, à mon avis, que plus singulière et percutante.
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La séquence qui aboutit à la mort d’Aoi est à couper le souffle. Je n’ai jamais rien vu de tel dans un épisode introductif. Ils ont esthétisé la tension de la plus belle et effrayante des manières.
L'horreur est bien là, violente et viscérale, mais amoindrie par une exigence de retenue, un refus d’extérioriser. Les corps des jeunes filles eux-mêmes, figés dans leur beauté cristalline, produisent un sentiment de malaise. En même temps, ils fascinent. On se noierait dans le regard quasi cosmique de ces poupées. Certains effets viennent nous rappeler, et tant mieux, que Shiboyugi est avant tout un anime avant d’être une œuvre d’art. En même temps, il interroge ces beautés qu’il nous présente, presque minérales ici, en les confrontant à l’horreur du monde froid et stérile qui les rend possibles. Le nôtre, sans doute.
Comme dans les meilleures œuvres japonaises, la réalisation transmet davantage que les mots. Des mots il y en a pourtant : il s’agit essentiellement du récit intérieur de Yûki, un personnage auquel on ne peut pas s’identifier. Elle est trop lointaine, trop logique, trop effrayante dans son mystère. Et humaine pourtant. Elle « fait de son mieux ». Elle commet ses crimes seulement parce que le jeu l’y oblige. Yûki transforme la logique en terreur. Cette dernière survient comme une nécessité à laquelle on doit faire face, sans gémir. C’est une esthétique déshumanisante du vide et du repli ; l’horreur devient paradoxalement viscérale lorsqu’elle cesse d’être organique.
Quelques précisions sur le scénario :
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Pour comprendre les enjeux de cet épisode, il faut se concentrer tout de suite sur Kinko, la petite blonde au destin tragique. Si Kinko a tenté de se suicider pour sauver les trois autres, c’était sans doute parce qu’elle se sentait coupable d’avoir récupéré la clé (ce qui a causé la mort d’Aoi). Sa fragilité est soulignée dans le flashback.
À la fin, Yûki a tué Kinko parce qu’elle était la plus faible : pragmatiquement, c’était la meilleure solution pour ouvrir la porte et échapper aux flammes. En toute logique, les deux autres ne se sont pas opposées à la mort de la petite blonde. C’était superbe de cruauté, car Kinko était évidemment celle qu’on souhaitait sauver.
À la fin, Yûki a tué Kinko parce qu’elle était la plus faible : pragmatiquement, c’était la meilleure solution pour ouvrir la porte et échapper aux flammes. En toute logique, les deux autres ne se sont pas opposées à la mort de la petite blonde. C’était superbe de cruauté, car Kinko était évidemment celle qu’on souhaitait sauver.
Un grand coup de chapeau au réalisateur Ueno Sôta et à son équipe. Ueno fait partie, avec Saitô Keiichirô et quelques autres, d’une nouvelle génération à laquelle on peut passer le flambeau sans crainte.
La suite, je ne sais pas, peu importe. J’aime bien considérer cet épisode comme une œuvre à part, une sorte d’OVA singulier. Évidemment, on souhaite en apprendre plus sur Yûki et ses jeux morbides, mais c’est surtout la réalisation hors norme qui aura porté cet épisode introductif. Je n’imagine pas qu’ils puissent maintenir un tel niveau sur 11 épisodes. Et ce n’est pas grave, il n'y a déjà plus rien à prouver. La communauté, qui n’y connaît rien comme d’hab, a noté le premier épisode 7.90 sur MAL. Toutefois, le succès d’estime est déjà important.