Sky Crawlers : un ciel, des polygones…
23 October 2009 par dans Anime |
Voilà plus d’une année que les spectateurs japonais et touristes ont pu découvrir dans les salles de l’archipel le film Sky Crawlers (スカイ・クロラ) du réalisateur à la fois aimé et détesté Mamoru OSHII (押井守). Ce long métrage était l’occasion de découvrir un véritable tour de force mené par l’équipe responsable des CGI (images générées par ordinateurs) : des combats aériens de haute volée dans une mer de nuages à couper le souffle. Tandis que la sortie dans nos contrées du film chez Wild Side Video devrait finalement avoir lieu en janvier, l’occasion est trop belle pour s’attarder quelques temps sur ce dévoreur de polygones…

En août 2008, Sky Crawlers (スカイ・クロラ), le dernier film du réalisateur Mamoru OSHII (押井守) sortait dans quelques 213 salles. Quelques semaines auparavant, le remixage Ghost in the Shell 2.0 avait fait une sortie discrète dans moins de 10 salles générant un peu plus de 13 millions de yens de recette en un week-end et atteignant au moment de la sortie du dernier long métrage du célèbre amoureux de basset Hound près de 53 millions de yens de recette. Mais l’adaptation toute personnelle du roman de Hiroshi MORI (森博嗣), comme le fut celle du manga de Masamune SHIROW (士郎正宗) en son temps, fit un démarrage plus démonstratif avec 113 millions de yens de recette tandis que le dernier MIYAZAKI, Gake no Ue no Ponyo (崖の上のポニョ), continuait de dominer le box office avec encore 777 millions de yens confortant les recettes avoisinant les 5,3 milliards de yens engrangés soit plus en trois semaines que la folle histoire de l’espace de Spielberg, Indiana Jones 4, en 7 semaines…
Remise à l’échelle d’un film qui n’était donc guère le seul en cet été 2008. On notera d’ailleurs que le film Naruto sortit le même jour, attirant pratiquement le double de spectateurs tout en bénéficiant d’une cinquantaine de salles supplémentaires. A titre de comparaison, 4 années auparavant, le film Innocence - second opus de l’appropriation de Ghost in the Shell par OSHII - avait généré un peu moins de 143 millions de yens au box office soit moitié moins que le 6ème film One Piece (encore une franchise de Shueisha) débarquant le même jour dans les salles. A l’époque, le film Innocence avait bénéficié d’une sortie sur 278 écrans… A croire que la Toho avait plus eut foi en OSHII que Warner Bros pour Sky Crawlers. Après six semaines à flirter au box office, le film avait cumulé moins de 836 millions de yens… pour un budget initial de 2 milliards de yens et un travail qui laissa exsangue l’équipe.
On perdit la trace au box office de Sky Crawlers au bout de 5 semaines avec environ 631 millions de yens de chiffre. Mamoru OSHII avait décrit le film comme l’« un de [ses] plus grands défis depuis plus de dix ans » et s’inscrivant parfaitement dans son époque. Le souhait du réalisateur de 57 ans était de livrer un message à la jeunesse à travers cette histoire d’enfants soldats immortels devenus le jouet d’adultes dans une vaste supercherie constituée de balais aérien aux accents de course à la mort. Il faut dire que le film en question reste difficile d’accès, la patte OSHII étant indigeste pour ceux qui répugnent à la contemplation d’autant plus si elle est entrecoupée d’utilisation massive de CG (ie d’images de synthèse).
Pour cette partie, l’équipe de designers était aux anges pour tester la bête, VUE6, afin de proposer quelques séquences à vous caler davantage dans votre siège. Mais peut-être que les addicts de jeux vidéo nouvelle génération y étaient plus sensibles ? Le studio Polygon Pictures (ポリゴン・ピクチュアズ) n’avait ainsi pas baisser les bras après le travail arasant d’Innocence et se délecta des paysages merveilleux en plein ciel - tels que la mer de nuages - que l’équipe était à même de modéliser, y allant parfois à tâtons. Il fallut 120 PC pour générer le rendu des scènes avec des objets composés de plusieurs millions de polygones. L’un des designers témoigna ainsi de l’efficacité du logiciel permettant de générer avec une scène de 240 images en seulement 10 secondes, 2 images étant envoyées à chaque poste. Le producteur Naoki ISHIHARA (石原直樹) confia par ailleurs que le projet devait être produit sous MAYA avec en ligne de mire des TJM et des délais de livraisons raisonnables… mais séduit par le rendu de VUE6 - et sans doute l’enthousiasme des experts de Polygon - le choix se porta sur l’autre solution, multipliant en cela les risques liés à la découverte du logiciel. Pour autant, les designers conservèrent la modélisation des objets (tels que les avions) sous MAYA en vue de leur transfert sur VUE qui gérerait pour sa part les décors tout en utilisant des objets créés sous MAYA afin de s’assurer quelques repères. Au total, le studio livra sous la supervision de Hiroyuki HAYASHI (林弘幸) environ 30 minutes d’animation par ordinateur sur les 121 minutes qu’enregistre le film. Au final, 850 plans comportèrent de la 3D : 250 étaient intégralement en 3D tandis que 320 comportait des animations et décors produits ou commandés Production I.G.
Le studio Polygon Pictures ne s’arrêtera pas là, la prochaine étape étant la maîtrise des expressions via la 3DCG. Cette touche d’humanité qui avait en son temps - et selon les critiques - manqué aux Créatures de l’Esprit.
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