Trésors enfouis : Dragon’s Heaven (1988)

19 April 2009 par Ialda dans Anime |

1000 ans après la dernière guerre qui avait opposé les êtres humains aux machines et qui s’était clôturée par la défaite de ces derniers, l’empereur du Brésil, assoiffé de nouvelles conquètes, confie le commandement de ses troupes au général El Medine, un des derniers soldats robotisés rescapés de cette guerre. Simultanément, du côté de la petite ville marchande de Kerutoria, une jeune fille du nom de Icool découvre les restes de Shaian, un mecha doué de conscience et qui avait jadis combattu du côté des êtres humains. Ancien ennemi juré de El Medine lors de la grande guerre contre les machines, sa résurrection va signer le début d’un nouvel affrontement…

OAV d’une durée de 45 minutes et éditée le février 1988, Dragon’s Heaven (ドラゴンズヘブン) est une production des studios Artmic qui, si elle ne vaut pas particulièrement pour l’originalité de son scénario ou le soin avec lequel est dépeint la psychologie de ses personnages, se rattrape largement dès qu’on aborde le chapitre de sa mise en forme.

Les 10 premières minutes suffisent à donner le ton : au lieu d’une séquence animée en guise de générique, les concepteurs de l’OAV sont allés jusqu’à filmer un mini film live où un Shaian quasi-grandeur nature (et semblant tout droit sortir d’un film de tokusatsu) est filmé sur fond de paysage assez sombre, sensé figurer l’ambiance crasseuse et noire d’un champs de bataille apocalyptique. On reste admiratif du soin avec lequel a été détaillé le mécha, et il est évident que le staff était constitué en partie d’amoureux de méchas et de garage-kits. Nous y reviendrons.

Une fois passé cette séquence (et le prologue, étonnement écrit dans un français presque correct), on rentre de plein pied dans l’épisode proprement dit avec un flashback sur le conflit hommes-machines mille ans auparavant - et là on prends une baffe tant l’animation est d’une fluidité irréprochable.

Là où Dragon’s Heaven se distingue des autres productions de l’époque, c’est dans le style graphique utilisé et qui n’est rien de moins qu’un gigantesque hommage aux artistes européens - Jean “Moebius” Giraud en tête tant le graphisque tient d’un croisement entre l’Incal ou le Garage hermétique pour l’originalité de cet univers de SF d’une part, et de Blueberry pour le niveau de détail et les ombrages d’autre part. Résultat, on a un univers magnifique et incroyablement cohérent, où le moindre bâtiment prends les apparences d’une ruine vieille de milliers d’années et où les méchas aux formes exotiques et aux textures détaillés viennent renforcer cette impression globale d’ancienneté et d’étrangeté. Même l’empire brésilien n’est pas en reste, et tient de l’horreur industrielle façon empire de Kefka dans FF6. Que l’équipe de réalisation réussisse quand même à garantir une animation d’une grande fluidité, notamment dans les combats, parait un petit miracle pour une “vulgaire” OAV, car si l’utilisation de textures s’est démocratisé ces dernières années grâce à l’utilisation de l’ordinateur (voir Gankutsuô, par exemple), ce n’était pas encore le cas au milieu des années 80 où le travail était encore dans sa plus grande partie manuel. Ce n’est donc pas complètement une surprise quant on apprends la présence de Shinya Ohira (大平晋也) dans le staff et où il supervisait l’animation des méchas - rappelons que la même année, sort au cinéma le film d’Akira où sa participation sera particulièrement appréciée (on lui doit notamment quelques très beaux effets de fumée, qu’on peut retrouver dans Dragon’s Heaven, par exemple dans la scène où le croiseur volant de El Machine plonge dans un nuage). D’un point de vue visuel et malgré quelques légers défauts (problèmes d’échelle récurrents entre Icool et Shaian), l’amateur d’animes des années 80 sera aux anges.

Réalisateur, créateur du manga original : Dragon’s Heaven est avant tout le fruit du travail de Makoto Kobayashi (小林誠). Si ce dernier a eu une carrière polyforme (illustrateur, mecha-designer, mangaka, réalisateur et concepteur de garage kits), et a bénéficié d’une certaine reconnaissance, en particulier chez les fans et les amateurs de maquettes dans les années 90, le phénomène est un peu passé depuis et s’il est toujours en activité aujourd’hui son travail reste souvent assez discret. Il s’était fait connaitre initialement par son travail sur des méchas des séries de Z Gundam (1985; série où on retrouve notamment un autre jeune mecha-designer de talent, Mamoru Nagano) et ZZ Gundam (1986). Certains de ses méchas ont d’ailleurs gardé une trace de ce passage sur la saga de Tomino, ainsi le Gampf, trooper de base de l’armée mécanique de Dragon’s Heaven, qui serait calqué sur le NRX-055 Bound Doc de Z Gundam. Connu aussi pour ses dioramas (voir la série des AS Wars) et ses travaux en tant que mangaka (Meikyu Toshi, Dragon’s Heaven), il développât un style très particulier, inspiré en partie des designs d’armements militaires de la seconde guerre mondiale, et réputé difficile à adapter en animé - il intervient d’ailleurs le plus souvent au niveau de la préproduction, lors de la création des concepts; il a à ce titre travaillé sur Venus Wars, ou plus tard sur Giant Robo et les OAV de Yamato 2520. Depuis le début des années 2000, il travaille de plus en plus à l’ordinateur, et on le retrouve régulièrement sur des séries Gonzo où il collabore à la créations des designs; son nom figure ainsi aux génériques de Last Exile, Trinity Blood, Samurai 7, Brave Story ou encore Druaga no Tô. Sa dernière réalisation fut ICE en 2007. Malgré l’homophonie (leurs noms de famille vont même jusqu’à s’écrire avec les mêmes kanjis), il n’a aucun rapport avec Makoto Kobayashi le mangaka de What’s Michael.

Dans le cas de Dragon’s Heaven et avant d’en réaliser l’OAV, il fut donc aussi le créateur du manga original publié à la fin de l’année précédente. D’un format supérieur à un tankoubon classique, ce manga nous présente une sorte de collage de diverses saynètes consacrés à Icool, Saian ou El Madine, se déroulant pendant ou après l’OAV. L’hommage à Mobius y est aussi encore plus claire dans ses petits interludes au style graphique largement inspiré sur celui du papa de l’Incal : formes des cases, créatures, absence de tramage… même les onomatopées (retranscrites principalement en alphabet romain et non pas en katakana) traduisent bien cette influence occidentale. En 1988, sorti un peu après l’anime, parait un second livre intitulé The Art of Dragon’s Heaven. Cette fois on se retrouve avec un format proche de celui d’un manga classique, consacré principalement à l’anime : un anime comics (majoritairement en noir&blanc), des roughs et des illustrations…

Sur l’anime Makoto Kobayashi est assisté du directeur technique Fukumoto Kiyoshi (福本潔). Aux chara-designs, on retrouve Toshiki Hirano (平野俊貴) dont le travail est très sensible sur le personnage d’Icool, qui évolue énormément par rapport aux designs originaux du manga, plutôt bâclés, Makoto Kobayashi préférant consacrer son temps à détailler ses méchas plutôt que les jeunes et charmants protagonistes féminins; rappelons que la même année, le même Hirano signe les OAV de Vampire Miyu chez AIC en compagnie de Narumi Kakinouchi. Les mecha-design sont adaptés par Osamu Kobayashi (小林治). Enfin, le personnage de Icool est joué par Yûko Minaguchi (Videl dans DBZ, Hotaru dans Sailor Moon).

La production est assurée par le studio Artmic (アートミック), bien connu des fans. Rappelons qu’il fut fondé en 1978 par un ancien producteur à la Tatsunoko; spécialisé dans la SF de type mécha, le jeune studio s’est surtout fait connaitre dans les années 80 sur le marché des OAV, pour lequel il a produit de nombreux titres dont le succès était garanti par la combinaison des jolies filles du chara-designer Kenichi Sonoda (Gunsmith Cats) et des designs de méchas par Shinji Aramaki (vu ces dernières années aux manettes du film CG de Appleseed en 2004) : Bubblegum Crisis et Gall Force firent office de productions phares du studio, mais citons aussi aussi des classiques tels que Riding Bean, Madox 01… studio de fans pour un public de fans, ils produisaient même leurs propres garage kits issus de leurs titres. Toutefois, l’échec de Gall Force The Revolution signe la fin de l’aventure en 97. C’est AIC, société qui a coproduit la plupart de leurs titres, qui possède aujourd’hui les droits des titres du studio.

A ma connaissance, Dragon’s Heaven n’est jamais sortis ni en France, ni aux USA. Un DVD existe au Japon depuis 2002; il est en rupture de stock à peu prèt partout, mais reste trouvable d’occasion à des tarifs décents (pas à la Yoko Leda, donc).

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6 Responses to “Trésors enfouis : Dragon’s Heaven (1988)

  1. Jerom Says:

    Un introuvable assez indispensable vu la qualité graphique!! Gros gros hommage à Moebius en effet, au vu des screens et scans. Et même pour son manga original de 1987, quasiment décalqué des pages de Arzach (1975-76 tout de même).


  2. Gemini Says:

    Excellent article, comme toujours. Tu me donnes foutrement envie, c’est pile tout ce que j’adore : les méchas, les OAV, les années 80, les univers fouillés. Je sens que cela va me plaire !


  3. Ialda Says:

    Jerom> Je me souviens aussi d’une vieille interview de Moebius dans les années 90 (à l’occasion de ces fameuses lithos réalisées avec Miyazaki et Otomo sur leurs oeuvres respectives, je crois), et où il disait que l’Incal avait rencontré un certain succès au Japon. Encore aujourd’hui Gir semble jouir d’une certaine popularité en tout cas - parmis les fondateurs de Métal Hurlant, c’est le seul à avoir sa page sur le wiki nippon ^^

    Faute de sources je n’ai aucune idée de la réception qu’à pu connaitre le magazine là-bas, même sous son incarnation US, mais c’est un sujet qui m’interresse et que j’aimerai bien creuser.


  4. Ialda Says:

    Sur Moebius au Japon, voir :
    http://www.actuabd.com/Tournee-exceptionnelle-de-Moebius-au-Japon


  5. watanuki Says:

    Oh, celui-là je ne connaissais absolument pas. Merci !


  6. Blog Carambar » Blog Archive » Des OAV et des années 80 Says:

    [...] le robot El Médine, est toujours en vie. Critique : Un anime essayé sur les conseils de Ialda - je vous renvoie à lui pour tous les détails techniques et une critique plus poussée -, cela [...]



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