Mamoru Hosoda sur Ojamajo Doremi

27 February 2009 par Tetho dans Anime |

Avant de réaliser une formidable adaptation de La Traversée du Temps sur grand écran, le talentueux Mamoru Hosoda a longtemps travaillé à la Toei où son travail le plus remarqué fut le 6eme film de One Piece, L’île mystérieuse du Baron Omatsuri, où en s’appropriant l’univers d’Eiichiro Oda pour raconter une histoire très personnelle il réalisait quelque chose de comparable à ce que Oshii avait fait du monde d’Urusei Yatsura avec Beautiful Dreamer. Avant cela, il avait réalisé notamment plusieurs épisodes et films de Digimon et Gegege no Kitarô ainsi que storyboarder certains épisodes clefs d’Utena. Parmi toutes ces réalisations mémorables, on trouve aussi deux épisodes clefs d’Ojamajo Doremi Dokkan, qui sont le sujet de ce billet.

Attention, ce billet révèle des informations sur la fin de la série, donc attention si vous comptez la voir. Néanmoins, objectivement il n’y a pas de quoi en gâcher le plaisir de visionnage.

Mamoru Hosoda a réalisé deux épisodes, le 40 et le 49, soit sur la toute fin des aventures des sorcières maladroites, Dokkan en étant l’ultime série. Pour bien en comprendre la portée il faut savoir que sur la fin de la série les héroïnes sont confrontées à un choix, entre devenir (enfin) sorcières ou bien rester simple humaines; si elles choisissent la première option, elle verront leur espérance de vie s’allonger énormément et ne vivront donc plus à la même échelle que leur famille et amis… Le sens de ce dilemme est évident, elles ont à choisir entre rester enfant et pouvoir continuer de tout régler sans problème par la magie, ou bien grandir et commencer à réaliser leurs rêves par elles mêmes. A l’image de la série de robot pour les garçons, les pouvoirs des magicals girls sont des objets de transition ; mais de manière intéressante, là où le garçon devient homme en montant dans son robot et en se confrontant à la réalité, la fille devient femme en abandonnant le rêve et la magie et en acceptant la réalité.

En réalisant deux épisodes qui se situe à ce moment charnière, quand les héroïnes sont face à ce choix, Hosoda a eut la possibilité de raconter deux histoires sur la fin de l’enfance et ses conséquences, et ce avec le talent qu’on lui connaît.

Episode 40 : Doremi et la sorcière qui a arrêté d’être une sorcière.

Ses amies étant toutes occupées, Doremi rentre de l’école seule. Au lieu de filer à la maison, elle décide de partir à la découverte sur un chemin qu’elle n’a jamais pris. Elle finir par rencontrer Mirai, une sorcière qui a arrêté de pratiquer la magie et se consacre au travail du verre. Elles sympathisent et Doremi raconte ses tracas à Mirai qui l’écoute avec attention. Elle va alors apprendre à Doremi à souffler le verre tout en lui expliquant ce que signifie accepter être sorcière et vivre très longtemps.

Cet épisode baigne dans une magnifique ambiance mélancolique parfaitement rendue par des scènes comme celle du promontoire face à la mer et ses superbes couleurs, ou bien celle où Mirai fait chanter un verre devant une Doremi ébahie, tout cela sublimé par une fin douce-amère. On trouve deux motifs récurent dans cet épisode qui servent son message avec merveille.

Le premier est la croisée des chemin : c’est parce qu’elle s’est aventurée dans des rues qu’elle ne connaît pas que Doremi rencontra Mirai. Au delà de la simple représentation du choix à venir pour Doremi, il y a le fait que si elle avait choisi de rentrer chez elle Doremi n’aurait jamais rencontrer Mirai, elle n’aurait jamais appris à travailler le verre et ne se serait peut-être pas rendue compte qu’elle aussi est capable de réaliser des choses belles par elle même, sans la magie. Choisir n’est pas qu’abandonner quelque chose, c’est aussi permettre à des possibilités inconnues de se révéler.

Le second est le travail du verre, substance servant ici de métaphore à la vie d’une sorcière : le verre, qui semble être une matière solide, est en fait perpétuellement en train de s’écouler, mais sur une échelle temporelle telle que le phénomène serait inobservable sur la durée d’une vie humaine, voire de l’univers (j’ai décrit ici la chose tel que Mirai explique à Doremi pour des raisons évidentes; pour plus de renseignement sur le sujet, très intéressant, de la transition vitreuse je vous renvois à cet excellent article sur le site du CNRS). On a ici une allégorie de la vie des sorcières dans le monde de Doremi : l’échelle à laquelle leur temps s’écoule est tellement différente de celle des humains normaux que malgré tout ce qu’elles peuvent faire, vivre et expérimenter, elles semblent toujours rester les mêmes, inchangées, car le temps n’a pas la même prise sur elles.

Mais tout ça ne serait rien sans le personnage de Mirai, dont le nom signifie judicieusement Futur en japonais. Elle est douce et attentionnée pour Doremi, prenant le temps de l’écouter, de la guider et de lui enseigner son talent. Mais on sent en elle une terrible mélancolie voire même par moment une tristesse profonde quant elle explique qu’avec le temps, elle a dû se présenter à l’homme qu’elle aimait comme sa propre fille puis sa petite fille… Pourtant elle profite de sa rencontre avec Doremi, tout en sachant qu’elle ne durera pas. Peut être une partie de la complicité entre les deux là est due au fait que même si Doremi ne comprend pas tout ce que signifie vivre éternellement, Mirai n’a pas a lui cacher son secret et peut elle aussi se confier.

De par sa façon d’être et l’atmosphère qu’elle dégage elle laisse, une fois l’épisode fini, une impression durable qui n’est pas sans rappeler celle que laisse Yui Ikari dans l’épisode 20 d’Evangelion… Et pour ajouter au cachet de ce personnage si marquant, ce n’est pas une actrice spécialisé dans le doublage des dessins animés à qui a été confié ce rôle mais une actrice de films et série TV, Tomoyo Harada. Elle interprète Mirai avec une voix douce, triste mais surtout sans exagération, ce qui livre une performance aux intonations très éloignées de celles stéréotypées auxquels nous habituent les seiyûs. Le contraste entre son interprétation et celle de Chiemi Chiba (Doremi) est impressionnant. Pour l’anecdote on notera que son premier rôle sur grand écran fut dans le film de 1983 adaptant La Traversée du Temps, amusant lien avec Mamoru Hosoda.

Episode 49 : Friends pour toujours.

Alors que la fin de l’année scolaire approche, Doremi et ses amies révisent ensemble le morceau de musique Friends composé par Hazuki. Les amies suivant chacune leur chemin après la fin de leur primaire, Doremi est contente que cette dernière vienne avec elle au collège de Misora. En réalité Hazuki a été acceptée au collège Karen pour filles où elle pourra continuer à perfectionner sa pratique du violon, mais par peur de blesser son amie elle n’ose le lui avouer et se replie sur elle même. Ses amies comprennent de moins en moins son comportement et alors que la date limite de renvois du formulaire d’inscription approche, elle n’ose toujours pas se décider…


Si l’épisode 40 traitait des choix que l’on fait en grandissant, le 49 parle lui de l’éloignement naturel qui peut naître entre des amis d’école lorsqu’ils grandissent.

Ici Hazuki devient tellement obsédée par l’envie de ne pas décevoir son amie qu’elle commence à accumuler les gaffes puis s’isole de plus en plus. A l’écran cela est rendu d’abord physiquement (Hazuki séparée du groupe des filles quand elles rentres de l’école), puis psychologiquement (alors que ses amies jouent de leur instrument en famille, Hazuki elle s’entraîne seule dans le noir ; ou bien, incapable de jouer son propre morceau avec ses amies, elle se retrouve litéralement désaccordée avec elles). Et plus elle tachera d’y voir clair et plus la situation empire… Finalement tout se résoudra tout seul quand Doremi devinera d’elle même les raisons de l’étrange comportement de son amie, preuve de sa véritable amitié. Hazuki comprend alors que même séparées leur amitié perdurera. L’épisode se termine sur les amies jouant enfin Friends ensemble, leur harmonie étant retrouvée.

Cet épisode met donc en scène certains de ces petits doutes qui minent même une amitié durable. On rejoint là un des thèmes du 6eme films de One Piece où petit à petit l’équipage de Luffy est monté les un contre les autres et où leur amitié se fragilise. Mais ici c’est de l’intérieur que vient le doute, c’est parce que Hazuki n’avait pas assez confiance en ses amies et en elle même que tout cela est arrivé. Cet épisode est nettement moins marquant et magique que le 40, mais la manière dont est rendu l’isolement progressif d’Hazuki est remarquable de justesse.

Bien qu’il semble évident qu’Hosoda ne soit pas à l’origine des thèmes traités dans ces épisodes et qu’ils sont avant tout dus aux scénaristes de ces épisodes, c’est à dire pour le 40 Akatsuki Yamatoya (que l’on retrouve à la planification de séries comme Gash Bell, Gintama, Busô Renkin ou Soul Eater ; et scénariste sur un bon nombre de séries allant de Full Metal Alchemist à Casshern Sins en passant par Nadja et Naruto) et pour le 49 Yoshimi Narita (planification de Pretty Cure Splash Star, Yes! Precure 5, Hakaba Kitarô, Beet et Beet Excellion et plus récemment Kemeko Deluxe ; et au scénario de Silent Mobius, Sakura Taisen TV, Prétear…), il est fort probable qu’il y ait trouvé un terreau fertile pour exprimer des thèmes qui luis sont cher. En tout cas la mise en scène, riche en symbolique, porte clairement sa patte et renforce parfaitement l’intrigue des épisodes.

Dans La Traversé du Temps, il évoque avec talent la fin de l’adolescence et les amitiés qui évoluent, deux thèmes que l’on croise déjà dans ses épisodes de Doremi. Finalement Makoto qui peut revivre à volonté les mêmes moments et la sorcière figée dans son temps ne sont elles pas dans la même situation ? Elles refusent de grandir par peur du changement, alors même qu’il est inévitable et s’imposera quoi qu’il arrive. Hosoda a parfaitement compris le concept d’objet de transition et réussit à l’appliquer avec brio dans des contextes très différents.

On notera d’ailleurs qu’a aucun moment dans ces épisodes la magie est utilisée, signe qui ne trompe pas…

La vie d’animefan est composée de hauts et de bas, et si parfois on a un gros manque de motivation pour continuer, on fini toujours par trouver une perle qui vous rappelle pourquoi un jour on est devenu fan d’anime. L’épisode 40 d’Ojamajo Doremi Dokkan en fait clairement parti.

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6 Responses to “Mamoru Hosoda sur Ojamajo Doremi

  1. louki Says:

    Merci pour cet excellent article et bravo pour le style de l’écriture


  2. amana Says:

    Cette série est surement la meilleure série de MagicalGirl qui ai jamais existé.
    En tout cas, j’ignoré totalement pour ces deux épisodes, ça va être l’occasion de continuer mon revisionnage de la série…

    C’est vrai qu’à côté d’autres série, OjamajoDoremi aborde des thèmes importants en les relativisant pour le public visé d’origine.
    Je serais toujours marqué par l’oav NAISHO~ racontant l’histoire de la 7ieme ojamajo (celle de couleur verte) atteinte par la cancer.
    Un regard d’enfant sur la maladie. Cet épisode m’a vraiment touché.


  3. Tetho Says:

    Meilleure je sais pas, personnellement je metterais Princess Tutu (pour son écriture incroyable et la cohérence fantastique du fond et de la forme) et CC Sakura (parceque la série est hyper bien pensée, surtout vis à vis du manga de CLAMP) devant. Mais bon je suis loin d’avoir tout vu de Doremi (ces deux épisodes sont les premiers depuis facilement 7 ans).


  4. amana Says:

    Oui, je dit bien meilleur parmis les meilleurs!
    Je veux dire dans le sens où Ojamajo est LE MagicalGirl modèle réunissant toutes les qualités et caractéristiques du “genre”…
    J’arrive pas très bien à l’exprimer, mais ce serais dans le sens où Ojamajo Dorémi est en quelque sorte LE modèle ultime de la série MagicalGirl.
    A coté de ça, jai beaucoup aimé PrincessTutu et CCS dont je suis un immeeeeeeeennnse fan!

    En tout cas, j’ignoré totalement que Mamoru Hosoda était derrière l’animé DigitalMonsters (dont je suis aussi un grand fan) ainsi que derrière le film OnePiece OmatsuriIsland!
    Décidement, j’étais un de ses fans sans le savoir…
    Chose réparée grâce à cet article! ;3


  5. lalette Says:

    cé bien ce site


  6. Ialda Says:

    > j’ignoré totalement que Mamoru Hosoda était derrière l’animé DigitalMonsters (dont je suis aussi un grand fan)

    Ep. 21 de Digimon seulement + les deux premiers films.



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