Compte-rendu : exposition Yoshitaka Amano à Cannes –Conférence publique Vendredi 16 Septembre 2011
Écrit par Yamaneko | Jeudi 06 Octobre 2011 à 15h17 dans Fandom - Conférences
À l’occasion du 20ème anniversaire du jumelage entre les villes de Cannes-Shizuoka, l’artiste Yoshitaka Amano (notamment concepteur de personnages et illustrateur des jeux vidéo "Final Fantasy"), originaire de Shizuoka, a présenté une sélection de 15 de ses œuvres à l’Espace Miramar de Cannes sous le titre "Meltin’Pop".
L’artiste était lui même présent pour une conférence publique le Vendredi 16 Septembre 2011.Retour sur cet évènement





La conférence débute à 17h pour une durée d’une heure environ, animée par Olivier Fallaix, rédacteur en chef du magazine Animeland.
Olivier Fallaix : Mr Yoshitaka Amano est un illustrateur qui a participé à de nombreux dessins animés et jeux vidéo, mais pas seulement. Comme on l’a dit tout à l’heure, il touche à de nombreux domaines, et il va nous l’expliquer.
Je voudrais que l’on commence par ses débuts. Vous commencez votre carrière chez Tatsunoko (ndlr : grand studio Japonais qui a notamment produit des œuvres comme Time Bokan, Gatchaman la bataille des planètes, judo boy, Démétan, etc.)
J’aurais souhaité savoir pourquoi vous-êtes rentré dans ce studio ?
Yoshitaka Amano : j’avais un ami d’enfance qui avait déménagé pour Tokyo. A l’âge de 14 ans, je suis allé lui rendre visite pendant les vacances d’hiver. J’adorais à l’époque les films d’animation, les studios Tatsunoko étaient situés juste à côté de chez lui. J’ai eu la possibilité de visiter ce studio, et je me suis dit, tant qu’à faire, pourquoi ne pas préparer un dessin que j’ai réalisé et que je leur ai apporté. Je ne sais plus à quelle date, mais j’ai rencontré un homme, qui est devenu par la suite le responsable de la production chez Tatsunoko, à qui j’ai dit que j’étais très passionné, et que je voulais rentrer dans ce studio. Ils ont appris que j’étais effectivement un passionné, ont été touchés, et c’est comme ça que j’ai réussi à rentrer. Si j’étais resté à Shizuoka, je n’aurais jamais eu cette opportunité de travailler dans ce studio.
Olivier Fallaix : alors qu’auriez-vous fait ? Aviez-vous envie de travailler dans l’animation ou auriez-vous mené une vie dite normale de salaryman ? Auriez-vous réussi à faire ce travail ?
Yoshitaka Amano :à l’époque, l’animation était vraiment à la pointe de la technologie. C’était vraiment pour moi la technologie de l’époque, j’étais attiré par ce domaine. C’était le début de cette vague de l’animation et du manga, c’est pourquoi j’ai choisi cette voie.
Olivier Fallaix : ce studio, la Tatsunoko, produisait beaucoup d’émissions pour la télévision, à un rythme très soutenu, un épisode par semaine, c’était très intense. Quel souvenir gardez-vous de cette époque et qu’avez-vous appris ?
Yoshitaka Amano : honnêtement, je voulais m’enfuir de cet environnement (sourire) Il y avait 3 séries sur lesquelles je travaillais en même temps, Gatchaman, Time Bokan et Casshern, et il y avait toujours 3 épisodes par semaine à réaliser, c’était très intense.
Olivier Fallaix : on est loin du travail que vous allez faire par la suite, qui est avant tout de l’illustration, aviez-vous le temps pour faire des dessins ?
Yoshitaka Amano : la situation n’a pas beaucoup changé, mais à l’époque, je faisais ça par obligation, et de nos jours je fais ce dont j’ai envie.
Olivier Fallaix : est-ce pour cette raison que vous avez quitté la Tatsunoko pour créer votre propre studio en 1982 ?
Yoshitaka Amano : le problème en fait, c’est que le dessin que je préparais était différent du dessin qui était diffusé à la télévision, puisque quelqu’un d‘autre travaillait à partir de ce dessin. Dans le milieu de l’illustration je peux présenter mes propres œuvres sans que quelqu’un retravaille par derrière, c’est pour cette raison que j’ai opté pour cette voie.
Olivier Fallaix : votre dessin était tel quel et non retravaillé par une équipe qui allait travailler sur le dessin animé ?
Yoshitaka Amano : c’est tout à fait ça. Je me suis beaucoup posé la question, je me suis demandé si le public allait aimer ce que je faisais, car ça je ne le savais pas encore.
Olivier Fallaix : justement pourriez-vous nous parler de vos influences, Quand on voit les dessins exposés ici, c’est totalement différent de ce que l’on peut voir ensuite à la télévision. D’où viennent ces influences et d’où vous vient ce style ?
Yoshitaka Amano : Mes influences viennent essentiellement de l’art nouveau.
Olivier Fallaix : et comment avez-vous connu cet art ? On peut penser qu’au Japon à cette époque, ce n’était pas évident de connaître l’art nouveau ?
Yoshitaka Amano : j’ai lu beaucoup de livres illustrés à ce sujet (rires)
Olivier Fallaix : vos premiers dessins illustraient des œuvres fantastiques. Comment est-ce que vous travaillez ?L’illustration vous vient en lisant le roman ou l’auteur vous donne des directives ? Pourriez –vous nous expliquer ?
Yoshitaka Amano : d’abord je lis l’œuvre, ensuite j’ai des visions qui se forment, ce que je vois s’exprime ensuite sur le papier.
Olivier Fallaix : rencontrez-vous ou discutez-vous avec les auteurs ?
Yoshitaka Amano : je les rencontre mais c’est pour le plaisir, et non pas dans le cadre du travail.
Olivier Fallaix : en 1987, la société Squaresoft vous contacte pour vous commander des travaux pour le jeu vidéo Final Fantasy sur famicom. Comment vous-ont-ils choisi, et que vous ont-ils demandé ?
Yoshitaka Amano : c’est une vieille histoire, qui dure depuis 25 ans . Maintenant, cette situation s’est un peu normalisée, mais à l’époque, c’était quelque chose de nouveau, au point que certaines maisons d’éditions voyaient tout ceci d’un mauvais œil et me déconseillaient de le faire.
Je me suis lancé car j’ai souhaité le faire .Lorsque j’ai rencontré l’équipe du jeu, j’ai senti la passion et j’ai pensé que ça allait être un tournant.
Olivier Fallaix : justement, que vous-ont ils demandé comme travaux, car vous ne connaissiez rien à l’époque au jeu vidéo. Ce n’est pas vous qui avez programmé le jeu .Quel était votre travail sur Final Fantasy ?
Yoshitaka Amano : de tout dessiner (rires).Les jeux actuels sont très proches de la réalité, mais ce n’était pas le cas à l’époque. J’ai voulu exprimer à travers ce media quelque chose de réel.
Olivier Fallaix : vous disiez avoir quitté le monde de l’animation car il était difficile d’avoir un rendu fidèle de son dessin dans le monde de l’animation, mais là finalement c’était pire en fait non ?
Yoshitaka Amano : Tout à fait !
Olivier Fallaix : Qu’est-ce qui vous a motivé alors ? Que ça allait être quelque chose d’extraordinaire ?
Yoshitaka Amano : ça ne me prenait pas plus de temps que ça au début, j’avais déjà dessiné des illustrations au début pour essayer, et c’est là que ça a commencé.
Olivier Fallaix : vous avez crée l’univers graphique des premiers jeux qui vont remporter un grand succès. Est-ce que vous n’avez pas eu peur que cette image de créateur de l’univers de Final Fantasy vous colle à la peau ?
Yoshitaka Amano : au contraire, ça m’a permis de faire découvrir au public ce que je faisais avant .Si je n’avais fait que du jeu vidéo, peut-être mais comme je faisais d’autre chose en parallèle, je n’ai jamais eu peur. Les jeux sortent au rythme d’un par an environ, c’était très excitant de rencontrer Mr Sakaguchi (ndlr : PDG de Squaresoft à l’époque) et c’était un plus pour moi.
Olivier Fallaix : vous allez travailler à nouveau par la suite sur des dessins animés, notamment sur la série Ayakashi ,et même sur un dessin animé pour enfant ayant pour protagoniste des petits légumes, comment choisissez –vous vos projets ?
Yoshitaka Amano : ça a commencé à New-York, je faisais la cuisine et en coupant des légumes, je me suis dit pourquoi ne pas les dessiner ? J’ai fait beaucoup de dessins, et ce fut le début de ce projet, c’est plus un loisir qu’un travail pour moi.
Olivier Fallaix : c’est la NHK qui a décidé d’en faire un vrai dessin animé.
Yoshitaka Amano : en fait avant la NHK, une société voulait réaliser une œuvre en 3D à partir de ces dessins. La NHK a pris la suite, à la base c’était une œuvre en 3D, mais le rendu est en deux dimensions.
Olivier Fallaix : vous l’avez dit tout à l’heure ,quand vous avez commencé dans le dessin animé votre style graphique était différent du rendu .Pendant toutes ces années, les techniques de production ont évolué, la3D est arrivée et aujourd’hui on a l’impression que l’on peut animer vos dessins.
Yoshitaka Amano: les Final Fantasy ont su utiliser la technologie la plus pointue, les images deviennent de plus en plus proches du réel, par contre je pense qu’au niveau des illustrations, cela devient un peu monotone, il faut ainsi faire attention pour que ça ne soit pas toujours pareil.
Olivier Fallaix : quand vous dessinez, vous utilisez toujours des crayons, des pinceaux ou vous utilisez parfois l’ordinateur ?
Yoshitaka Amano : ça arrive très rarement. J’utilise les stylos, les crayons, mais j’ai envie d’essayer l’ordinateur.
Olivier Fallaix : vous allez passer à la réalisation, vous travaillez actuellement sur un film dont vous assurez la réalisation .C’est la première fois que vous réalisez vous-même un film, qui sera en images de synthèse. Pourquoi avez-vous voulu passer à la réalisation ?
Yoshitaka Amano : le dessin, la peinture restent mes moyens principaux d’expression, mais je pense que le meilleur moyen pour présenter mon art est un film. Au début, j’ai voulu écrire ma propre mythologie, mais pour le faire, il fallait que j’écrive ma propre histoire. Comme thème, j’ai voulu m’inspirer de la mythologie orientale .Par contre, sous l’antiquité, les gens croyaient en la mythologie, en tant que leur propre histoire. Je me suis alors demandé ce qu’était la mythologie contemporaine. J’ai ainsi pensé à l’univers, mais pour raconter la mythologie avec l’univers, il faut vraiment connaitre l’univers.J’essaie de crée la mythologie et de faire quelque chose de crédible.
Olivier Fallaix : pour quand est prévu le film et combien de personnes travaillent avec vous ?
Yoshitaka Amano : cela va encore durer 3 ou 4 ans de travail avant la sortie. Je n’en suis qu’à la préproduction.
Olivier Fallaix : pourquoi avoir choisi de faire ce film en 3D et non pas en animation traditionnelle ?
Yoshitaka Amano : c’est parce que les nouvelles technologies offrent cette possibilité, c’est l’avenir.
Olivier Fallaix : On imagine que c’est vous qui créez tout l’univers graphique de ce film ?
Yoshitaka Amano : les éditions américaines Dark Horse vont publier ce que j’écris autour de ce film au printemps prochain. Il s’agit d’un livre .Quand le film sortira, ce ne sera pas la même chose, le film ayant une durée limitée, je ne pourrais pas mettre tous les éléments que je souhaite. Le livre, je l’ai terminé ce mois-ci, et il va être envoyé pour une sortie au printemps.
Olivier Fallaix : pour terminer, illustrations, jeux vidéo, dessins animés, film, est-ce qu’il y a un media qui a votre préférence ?
Yoshitaka Amano : le dessin, la peinture, pour moi, le fait de dessiner restera le support principal. Si l’informatique peut disparaître, le dessin restera, car il est authentique.
La parole est alors laissée au public
Q : j’aurais voulu savoir quand vous avez commencé à dessiner les Final Fantasy, au fur et à mesure de l’adaptation de la saga en jeux vidéos et que les images ne devenaient plus que de simples pixels, est-ce que vous reconnaissiez vos dessins ?
Yoshitaka Amano : c’était en fait le même problème que pour l’animation, il avait quelqu’un d’autre qui retravaillait mes dessins. Si je fais un dessin deux fois, je ne dessinerai pas deux fois la même chose, donc pour moi c’est normal. Je savais que d’autres personnes allaient travailler dessus, c’était annoncé dès le départ.
Q : en tant qu’artiste, comment faites-vous pour garder le plaisir de dessiner, et ce malgré les délais et les commandes ? Gardez vous une pratique personnelle du dessin ?
Yoshitaka Amano :je ne suis pas embêté par rapport aux délais.Je pense que quand il y a de la demande et des délais, c’est très bien car cela me permet d’avancer(sourire)
Q : quelles sont les techniques que vous utilisez, la gouache, le crayon, l’encre ?
Yoshitaka Amano :ça reste majoritairement le crayon et l’acrylique ,pour le monochrome j’utilise l’encre de Chine, le pinceau. Et quand c’est pour dessiner de façon plus décontractée, j’utilise les feutres. Mon hobby en fait c’est d’acheter beaucoup de matériel et je m’amuse en utilisant de nouvelles techniques.
La conférence se termine, suivie d’une démonstration de dessins .L’artiste exécute à une vitesse fulgurante 5 dessins sous les yeux du public.
On reconnaîtra tour à tour Vampire Hunter D, un Mog (personnage récurrent de l’univers Final Fantasy), Squall Leonheart ,héros de Final Fantasy 8, Terra , héroïne de Final Fantasy 6 ,et Hutchi, le petit prince orphelin (micky la petite abeille en vf)



La séance de dessins est suivie de la projection du film d’animation “Jungle Taitei Yûki ga Mirai wo Kaeru” (d’une durée de 90mn, diffusé en japonais sous-titré en anglais car encore inédite en France).
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